Paradis Fiscaux et Judiciaires

Isabelle Prévost-Desprez, l’indépendance chevillée au corps

mercredi 23 novembre 2022 par paradisfj.info

Isabelle Prévost-Desprez, l’indépendance chevillée au corps

Source AFP
Publié le 23/07/2021 à 09h13

Elle est "l’indépendance incarnée" : Isabelle Prévost-Desprez, première vice-présidente du tribunal de Paris, s’est forgé une réputation de magistrate inflexible au fil d’une carrière non sans tumultes marquée par l’instruction financière, l’affaire Bettencourt et les dossiers terroristes.

La juge de 62 ans est revenue malgré elle dans l’actualité en refusant d’homologuer les "plaider-coupables" de Vincent Bolloré et de deux dirigeants de son groupe. Les trois hommes avaient accepté une amende de 375.000 euros chacun, avec une dispense d’inscription au casier, pour des faits de corruption au Togo notamment.

Mais à l’audience d’homologation fin février, provoquant surprise et incrédulité dans la salle, la juge a qualifié ces peines d’"inadaptées" et a estimé qu’au vu de la gravité des faits, un procès public était nécessaire. Elle a en revanche validé une autre procédure concernant l’entreprise Bolloré - 12 millions d’euros d’amende.

Dans ces processus dits de "justice négociée", "c’est au cas par cas", souligne, sans s’exprimer sur cette affaire, l’énergique magistrate aux cheveux blonds courts et aux yeux bleus : "Il ne faut pas perdre le sens de la sanction et le principe de l’audience publique".

"Mon principe directeur, c’est l’égalité au maximum du justiciable devant la loi", dit-elle aussi. Et de résumer en souriant au détour d’une phrase : "J’ai le pape qui vient en plaider-coupable, si ça marche pas, ça marche pas !"
"ignifugée"

Celle qui fait partie des rares magistrats connus du grand public est née le 12 juillet 1959 à Lille. Elle débute au parquet dans le Nord avant de devenir juge d’instruction au pôle financier de Paris, rue des Italiens, dans les années 1990. A ses côtés : Eva Joly, Renaud Van Ruymbeke notamment.

Elle instruit alors des affaires sensibles et médiatiques comme le Sentier, la Cogedim ou l’Angolagate, parfois en équipe avec Philippe Courroye, suscitant des rancoeurs dans les milieux d’affaires et politiques. "Le tandem était terrible", se souvient un ténor du barreau.

Menacée de mort, elle est placée sous protection rapprochée. Nommée à Nanterre en 2003, elle abandonne bientôt l’instruction, sa vocation, après une perquisition : le climat était "tellement violent (...) que je me suis dit : +maintenant, je ne vais plus pouvoir rien faire+", se rappelle-t-elle.

Elle devient présidente d’une chambre financière et se saisit alors de l’affaire Bettencourt, contre l’avis de Philippe Courroye, devenu procureur à Nanterre, avec qui s’ouvre une guerre ouverte.

Au parquetier réputé proche de Nicolas Sarkozy, elle reproche de protéger les intérêts de l’Élysée - ce qu’il conteste. Après une plainte, il ouvre une procédure la visant pour "violation du secret de l’enquête", soupçonnant la magistrate d’être à l’origine de fuites dans la presse.

L’affaire la mènera devant le tribunal en tant que prévenue. Elle sera relaxée en 2015 puis en appel en 2017. "Je sais ce que c’est que d’être de l’autre côté" de la barre, dit-elle.

Ce furent "huit ans d’enfer". "J’ai traversé les flammes, ignifugée j’étais", rit-elle. Pourtant, elle s’est souvent "refait le film" et estime : "je referais la même chose". Face à une "situation excessivement violente", elle avait une "fermeté d’âme remarquable" et une "très haute vision de son métier", affirme son avocat François Saint-Pierre.

pince-sans-rire

En septembre 2016, quelques mois après les attentats de Paris et Bruxelles, elle est nommée à Paris, dans une chambre dédiée au terrorisme.

"Ca a été dur au départ", reconnaît-elle. Il y avait "une vraie pesanteur dans les délibérés" : après des années de justice financière, "se tromper, ça peut être un attentat et des morts, ce n’est plus une escroquerie commise à la sortie".

Elle préside notamment le procès de Jawad Bendaoud, le "logeur" des terroristes du 13-Novembre - un prévenu exubérant, passant du sketch à l’insulte. Sa gestion des débats est saluée par tous.

"Mon but, c’était vraiment de parler à l’audience avec eux, de les interroger, d’avoir des réponses (...) quoi qu’il en coûte", explique-t-elle. "Dans tous les contentieux, la dimension humaine, c’est notre seule raison d’exister".

Depuis août 2020, elle a vocation à intervenir dans toutes les chambres.

Un procès présidé par "IPD" détonne : rafale de questions, remontrances aux prévenus qui lui paraissent mentir, étonnements feints, humour pince-sans-rire ... elle n’hésite pas non plus à pointer les défauts d’une enquête.

Les pénalistes s’accordent sur son "extrême rigueur" et son "intelligence", saluant chez elle "humour", "élégance" et "humanité". D’autres la jugent "très sévère", "excessive" ou "donneuse de leçons". "Elle a ses marottes", résume l’un d’eux, "c’est l’indépendance incarnée".

En 2010, elle avait cosigné un livre avec le journaliste Jacques Follorou, "Une juge à abattre", dénonçant les tentatives du pouvoir politique et du "pouvoir de l’argent" pour reprendre la main sur la justice.

Travailleuse acharnée, "le soir, le week-end", cette mère de trois enfants enseigne aussi à la faculté Paris-13. Elle qui a écrit deux romans "bouquine beaucoup" - surtout des "polars d’Europe du nord". "J’ai pas une vie très exaltante, ça c’est sûr. Mes loisirs, c’est ma liberté, faire ce que je veux, quand je veux".

23/07/2021 09:12:13 - Paris (AFP) - © 2021 AFP


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