Paradis Fiscaux et Judiciaires

La justice confirme, les raffineries d’or ne devront pas révéler l’origine du métal

vendredi 1er avril 2022 par paradisfj.info

Secret professionnel

La justice confirme, les raffineries d’or ne devront pas révéler l’origine du métal

C’est un échec pour la Société pour les peuples menacés, le Tribunal administratif fédéral juge le secret commercial plus important que l’exigence d’une plus grande transparence

ATS
Publié vendredi 1 avril 2022 à 07:37
Modifié vendredi 1 avril 2022 à 09:38

Les quatre raffineries d’or en Suisse ne sont pas tenues de révéler l’origine de leur métal précieux. Dans une décision, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a accordé plus de poids au secret commercial qu’à l’exigence d’une plus grande transparence.

En février 2018, la Société pour les peuples menacés (SPM) avait exigé de l’Administration fédérale des douanes (AFD) la publication des noms des fournisseurs d’or des quatre plus grandes raffineries suisses pour la période de 2014 à 2017. L’ONG invoquait la loi fédérale sur le principe de la transparence dans l’administration en vigueur depuis 2004.

La SPM a notamment justifié sa demande par le fait qu’elle avait besoin de ces informations pour les rapports qu’elle élaborait sur ce thème. L’organisation a aussi invoqué l’intérêt public prépondérant, jugeant important de savoir si l’or importé est extrait dans des conditions décentes et respectueuses de l’environnement

L’AFD a d’abord rejeté la demande de la SPM, puis s’est ravisée après une procédure de médiation menée par le préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) et a ordonné la divulgation des données. Les raffineries ont fait appel de cette décision auprès du TAF.

« Intérêt digne de protection au maintien du secret »

Dans un arrêt publié jeudi, le TAF a donné raison aux raffineurs et a admis leurs recours. L’AFD n’a pas pris une décision conforme à la loi. Les informations demandées font partie de la sphère privée des importateurs d’or, qui ont un intérêt privé digne de protection à ce que le secret soit gardé.

De plus, l’objet en question est couvert par le secret fiscal, ce qui lui donne la priorité sur le principe de transparence, peut-on lire dans la motivation du jugement. Le secret fiscal offre une protection absolue aux informations en question, ceci indépendamment des autres buts pour lesquels les données sont collectées et utilisées. L’instance précédente a appliqué à tort la règle d’exception.

La SPM prend acte de la décision du TAF avec grande déception, écrit-elle dans un communiqué, ajoutant que la transparence est la base d’un commerce de l’or propre et équitable. Pour elle, les importateurs peuvent désormais se cacher derrière le secret commercial et ne doivent rendre de comptes à personne de l’origine de la matière première et des risques qui y sont liés.

Mesures de contrôle insuffisantes, selon la Société pour les peuples menacés

Les nombreux scandales de ces dernières années prouvent cependant que les mesures de contrôle existantes ne suffisent pas, poursuit la SPM. La transparence sur l’origine de l’or importé est nécessaire pour vérifier de manière indépendante qu’aucun or sale n’arrive en Suisse. C’est pourquoi la SPM exige en principe plus de transparence dans les relations commerciales.

Le Conseil fédéral, quant à lui, est favorable à des mesures volontaires de la part du secteur aurifère et à davantage de transparence, tout en reconnaissant que les statistiques d’importation et d’exportation disponibles ne permettent pas de déterminer clairement l’origine de l’or ni son processus de production. En mars 2021, le Parlement a refusé d’adopter de telles réglementations lors de la révision de la loi sur le blanchiment d’argent.

La Suisse est la principale plaque tournante du commerce international de l’or : les deux tiers du métal précieux mondial y sont raffinés et transformés. L’origine de l’or et les conditions dans lesquelles il a été extrait ne sont pas toujours claires.

Le jugement du TAF n’est pas définitif et peut faire l’objet d’un recours au Tribunal fédéral. La SPM "examinera sérieusement" un recours, a déclaré son co-directeur Christoph Wiedmer à Keystone-ATS.

(Arrêt 16.03.2022 concernant les recours A-741/2019, A-743/2019/A-745/2019 et A-746/2019)


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