Paradis fiscaux et judiciaires

« Peut-être l’ai-je vexé ? »

samedi 3 février 2007

« Peut-être l’ai-je vexé ? »

Le juge n’a rencontré Sarkozy qu’une seule fois. Ils ont parlé foot.

Par Fabrice TASSEL

QUOTIDIEN : samedi 3 février 2007

Le samedi 29 avril 2006 vers 18 heures, Renaud Van Ruymbeke, alors qu’il fait des courses boulevard Garibaldi à Paris, découvre sur un kiosque une affichette qui annonce les déclarations du général Rondot dans le Monde. « Van Ruymbeke revient presque en courant à son domicile. Dans le minuscule ascenseur qui le mène au 5e étage, il parcourt fébrilement les grandes lignes de l’article. Arrivé chez lui, il s’affale sur le canapé. [...] Voyant sa mine décomposée, Bernadette [son épouse ndlr], inquiète, questionne son mari : "Qu’est-ce qu’il y a, Renaud ?" [...] Effaré, il vient de découvrir que, depuis le début, il a été au coeur d’une manipulation d’Etat. » L’anecdote est l’une des très nombreuses qui parcourent une remarquable biographie ­ autorisée ­ d’un des juges les plus célèbres de France (1).

Cette enquête permet de comprendre plusieurs des ressorts ayant traversé l’affaire Clearstream, dont des aspects humains peu connus dans ce genre d’affaire, mais souvent décisifs. Ainsi l’auteur raconte un savoureux déjeuner partagé il y a quelques années, avec d’autres convives, par Van Ruymbeke et Sarkozy lors d’un débat à l’Ecole nationale de magistrature de Bordeaux. Au dessert, les deux hommes parlent foot, une passion commune. Une remarque de « RVR » (« J’aimais le football avant qu’il n’y ait toutes ces histoires d’argent qui ont fini par tout pourrir ») stupéfie Sarkozy, qui le raconte dans son livre Libre, en grinçant sur ce juge financier qui aurait une telle aversion pour les histoires d’argent.

Dans la biographie, Van Ruymbeke explique avoir été à son tour stupéfait que Sarkozy dévoile leur conversation : « Je n’avais pas manifesté d’hostilité particulière à l’encontre de Nicolas Sarkozy, contre qui je n’ai rien, mais il est exact que j’avais mis beaucoup de distance entre nous, cette rencontre ayant lieu dans un cadre institutionnel. Je fonctionne toujours comme cela, par principe, avec les hommes politiques, par prudence. Mais il semble que monsieur Sarkozy l’ait mal pris. Peut-être l’ai-je vexé involontairement ? » Et sans doute cette réponse a-t-elle nourri la grande méfiance de Sarkozy pour RVR, qui a éclaté avec l’affaire Clearstream.

(1) Renaud Van Ruymbeke, le juge, de Fabrice Lhomme, éditions Privé.

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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