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Les pierres précieuses tachées de sang du Myanmar

jeudi 4 octobre 2007

Asie-Pacifique

Les pierres précieuses tachées de sang du Myanmar

REUTERS | 04.10.2007 | 14:43

Par Carmel Crimmins

BANGKOK (Reuters) - Les négociants de Bangkok étalent fièrement leur marchandise : diamants africains, saphirs sri-lankais et, évidemment, rubis birmans.

Les pierres rouges venant du Myanmar sont louées pour leur teinte et leur pureté. Tout serait parfait si leur réputation n’était pas entachée par des conditions sinistres d’extraction.

La junte militaire birmane s’appuie sur les ventes de pierres précieuses, saphirs, perles, jade, pour financer son régime. Les rubis constituent sans doute la plus importante source de revenus : plus de 90% des rubis de la planète proviennent de l’ancienne Birmanie.

Pour protester contre la récente répression du mouvement démocratique, l’Union européenne envisage d’interdire le commerce des pierres précieuses du Myanmar. A Washington aussi, la pression est forte pour combler un vide dans les sanctions américaines contre le pays, la majeure part des pierres précieuses étant toujours autorisées à l’exportation.

Mais en Thaïlande, où sont vendues la plupart des pierres birmanes, les négociants ne relèvent pas de ralentissement de leur activité.
"Les gens désapprouvent les événements mais leur colère n’est pas assez forte pour les empêcher d’acheter des rubis", déclare Pornchai Chuenchomlada, président de la Fédération des bijoutiers. "S’ils avaient tué beaucoup de gens comme en 1988, on aurait peut-être envisagé d’interdire leurs produits."

Il y a vingt ans, l’armée birmane avait tué 3.000 opposants en écrasant le soulèvement démocratique. Le bilan de la répression des jours derniers s’élève officiellement à dix morts, même si certaines ambassades occidentales redoutent un bilan plus lourd.

HÉROÏNE

On estime que les généraux birmans ont gagné environ 750 millions de dollars grâce au commerce officiel des pierres précieuses lancé en 1964, sans compter le trafic clandestin vers la Thaïlande ou la Chine.
Les expositions officielles de pierres, qui se tiennent deux fois par an à Rangoun, attirent de plus en plus de monde. Les Chinois y sont fortement représentés.

L’Etat birman contrôle toutes les opérations minières du Myanmar, y compris la "vallée des rubis", une région montagneuse autour de la ville de Mogok, à 200 km au nord de Mandalay.

Le site est fameux pour ses rubis couleur sang de pigeon, rouge brun, et ses saphirs bleus dont la valeur unitaire se chiffre en dizaines de milliers de dollars.

Les conditions de travail dans les mines, interdites aux visiteurs extérieurs, sont réputées épouvantables.

Le réseau Asean Alternatif détient des témoignages selon lesquels les mineurs sont drogués par leurs employeurs pour améliorer la productivité. Les aiguilles sont partagées entre les hommes, accroissant le risque d’infection au virus HIV.

"L’héroïne est donnée aux gens comme récompense à la fin d’une journée de travail", explique Debbie Stothard, membre de l’organisation. "Les jeunes vont dans les mines avec de grands espoirs et des rêves et reviennent mourir. Ces rubis sont rouges du sang des jeunes."

Brian Leber, joaillier dans l’Illinois, a décidé d’arrêter le commerce des pierres birmanes il y a plusieurs années.

"Je pense qu’il est plus important de bien dormir la nuit", déclare ce bijoutier depuis trois générations, fondateur du Jewellers’ Burma Relief Project, une organisation qui soutient des projets humanitaires dans le pays.

Les Etats-Unis ont bien interdit en 2003 les importations de pierres birmanes mais la règlementation douanière autorise l’importation des pierres taillées ou polies en provenance des autres pays. Comme le Myanmar exporte quasiment toutes ses pierres à l’état brut, l’embargo américain ne l’affecte guère.

Brian Leber espère que la répression brutale de la semaine dernière au Myanmar aidera à convaincre les élus du Congrès de combler ce vide juridique. Son rêve serait de voir tous les consommateurs boycotter les pierres précieuses birmanes jusqu’au départ des généraux.

"Aujourd’hui, il n’y pas de quoi être fier de posséder une pierre birmane. Ce devrait être un objet de révulsion."

A Bangkok, quelques marchands ont cessé le commerce, furieux de ne pas avoir été suivis pas leurs collègues.

"Nous sommes un pays bouddhiste. Je m’attendais à voir le prix des rubis baisser brutalement quand ils ont tiré sur les moines, mais je commence à penser que ces gens sont hypocrites", a déclaré un bijoutier.

"C’est le seul pays où on peut vraiment obtenir des rubis de la meilleure qualité. Mais j’ai arrêté, je ne veux pas contribuer à la misère du pays."

"Quand quelqu’un me montre un rubis, je lui montre un joli saphir rose."

© REUTERS

Publié avec l’aimable autorisation de l’Agence Reuters.

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