Paradis fiscaux et judiciaires

Hédiard tombe dans le panier d’un Russe sulfureux

vendredi 12 octobre 2007

Hédiard tombe dans le panier d’un Russe sulfureux

Entreprise. La société Luxadvor rachète l’épicerie de la place de la Madeleine.

Par Emmanuel Grynszpan

QUOTIDIEN : vendredi 12 octobre 2007

Moscou correspondance

Hédiard est désormais russe. L’enseigne française d’épicerie fine vient d’être cédée à Luxadvor, une société contrôlée par Sergueï Pugachev, un magnat russe. Propriété depuis 1995 d’un homme d’affaires monégasque, Michel Pastor, l’épicerie de la place de la Madeleine à Paris, fondée en 1854, compte aujourd’hui une centaine de points de vente en France et deux cents à l’étranger, pour un chiffre d’affaires d’environ 30 millions d’euros. Elle emploie entre 210 et 250 personnes selon la période de l’année. L’arrivée du nouveau propriétaire intervient alors qu’Hédiard s’apprête enfin à équilibrer ses comptes.

« Diffamation ». On ne savait pas Pugachev, certainement le plus secret des oligarques russes, fin gourmet. Ce qu’on sait, en revanche, c’est qu’il souffre depuis longtemps de brûlures d’estomac lorsqu’il voit son nom dans la presse. Plusieurs quotidiens français (dont Libération) ont été assignés en justice par le passé pour « diffamation », poursuites à chaque fois restées sans suite.

Plus grave, le dernier journal d’opposition russe, Novaïa Gazeta, a été condamné en février 2002 à verser à la banque MPB, fondée et contrôlée par Pugachev, la somme exorbitante et sans précédent en Russie de 500 000 dollars (350 000 euros). Le journal d’investigation avait révélé dans un article que la direction de MPB était impliquée dans le blanchiment d’argent, et la banque avait porté plainte pour calomnie, citant la perte de clients suite à l’article.

Luttant pour sa survie, Novaïa Gazeta avait contre-attaqué en révélant l’existence de sociétés-écrans et démontrant que les « clients perdus » étaient en fait des filiales de la banque. Effrayé, MPB s’était alors rétracté. Pugachev ne parle jamais à la presse et déteste se faire appeler « oligarque ».
Pourtant, il illustre merveilleusement la définition, puisqu’il est à la fois milliardaire et sénateur de Touva, une modeste république proche de la Mongolie. Le quotidien Nezavissimaïa Gazeta le classe comme le 6e homme d’affaires russe le plus influent.

Récompensé. Déjà banquier à l’époque soviétique, il a négocié adroitement la transition en entrant en 1990 au sein de l’organe clé du pouvoir russe : l’administration présidentielle. En 1992, il fonde la banque MPB et est récompensé par l’attribution de vastes comptes de compagnies d’Etat. Des activités lucratives qui lui permettent d’investir dans de nombreuses sociétés, regroupées à partir de 2004 dans OPK Trust Company, un holding néo-zélandais détenu par Pugachev et sa famille. Cet empire se déploie dans des secteurs aussi divers que la banque, les travaux publics, l’énergie, les chantiers navals, les médias… et maintenant le luxe, avec Hédiard.

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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Source Libération.


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