Paradis fiscaux et judiciaires

Viktor Vekselberg, milliardaire sous contrôle

mercredi 17 octobre 2007

ECONOMIE : Viktor Vekselberg, milliardaire sous contrôle

Date de parution : Mardi 16 octobre 2007

Auteur : Daniel Eskenazi

Analyse.

Le marathon est terminé. Près de six mois après l’entrée de Viktor Vekselberg dans le capital de Sulzer, ses actions viennent enfin d’être enregistrées. Elles avaient été acquises en toute discrétion par la société Everest, coentreprise entre la société de l’homme d’affaires russe, Renova, et les deux investisseurs autrichiens de Victory, Ronny Pecik et Georg Stumpf.

Depuis que les deux Autrichiens ont cédé leurs parts, Viktor Vekselberg reste le seul actionnaire de poids de Sulzer. Ce départ, pensait-on, allait débloquer la situation, les investisseurs autrichiens constituant un obstacle vis-à-vis du conseil d’administration de Sulzer, en raison de leur objectif jamais clarifié. Aucunement.

Le blocage était si profond qu’à fin juillet, le ministre russe de l’Economie d’alors écrivait une lettre à Doris Leuthard, lui demandant de s’impliquer dans l’affaire, sous peine de représailles contre les sociétés suisses actives en Russie. Cette missive n’a eu aucun effet.

Si les deux parties se sont finalement entendues, c’est qu’elles n’avaient pas d’autre choix. Viktor Vekselberg aurait pu attaquer Sulzer par la voie légale et bloquer ainsi toute décision prise lors d’une assemblée générale. Mais l’homme d’affaires russe est discret. Il ne veut pas faire la une de la presse helvétique, contrairement à Ronny Pecik et Georg Stumpf. L’image qu’il souhaite véhiculer est celle d’un investisseur à long terme souhaitant s’impliquer dans les affaires des entreprises dans lesquelles il est actionnaire, à l’opposé des spéculateurs. Reste que son projet industriel pour Sulzer est pour l’instant flou. Cela est peut-être dû à l’accueil froid du conseil d’administration durant des mois.

Pour réchauffer le climat, Viktor Vekselberg a fait preuve de souplesse et de patience, acceptant les mesures de protection inédites du conseil d’administration de Sulzer. Elles lui imposent de ne pas augmenter sa participation dans Sulzer au-delà de 33% jusqu’en mai 2009, de ne pas lancer d’offre publique d’achat jusqu’à cette date ni de changer les statuts du groupe technologique. Bref, ces restrictions en échange d’une inscription au registre des actionnaires ne connaissent aucun précédent légal ou de jurisprudence pour une société de cette envergure cotée en Suisse.

Elles ont été imposées, alors que 600 entreprises suisses ont investi dans les dernières années 3 milliards de dollars en Russie. La plupart des firmes du SMI ont misé sur ce pays émergent pour leur développement. « La Suisse doit reconnaître que la mondialisation n’est pas une rue à sens unique, mais qu’elle implique une certaine réciprocité », soulignait récemment Viktor Vekselberg dans un article écrit de sa propre main dans la Neue Zürcher Zeitung.

C’est dans le contexte de la prise en compte des participations de sociétés russes dans les pays occidentaux que doit être remise l’intervention de Moscou auprès de Doris Leuthard. A plusieurs reprises, Vladimir Poutine a demandé aux entrepreneurs russes de racheter des sociétés occidentales de haute technologie. Une stratégie dont le but est de diversifier la Russie du gaz, du pétrole et d’autres matières premières qui s’épuiseront tôt ou tard. En s’impliquant dans Sulzer, Viktor Vekselberg répond aux volontés du président russe et diminue la pression que ce dernier exerce sur lui.

En effet, Viktor Vekselberg ne fait pas partie du premier cercle des proches de Vladimir Poutine, mais du second. Si l’homme d’affaires russe l’a déjà accompagné lors de voyages à l’étranger, comme en Autriche, ce dernier ne le soutient pas dans toutes les occasions.

Ainsi, le président russe a nommément critiqué Viktor Vekselberg en juin, l’accusant de ne pas respecter les quotas de production de l’usine Kovytka de TNK-BP (coentreprise entre Renova et le groupe pétrolier anglais). Il a même menacé de lui retirer la licence d’exploitation si aucun accord n’était trouvé avec le champion national Gazprom ou le Ministère des ressources naturelles.

En trouvant un consensus avec Sulzer, sans défrayer la chronique, Viktor Vekselberg fait d’une pierre plusieurs coups. Tout d’abord, il avance tranquillement ses premiers pions sur l’échiquier économique suisse sans provoquer de levée de boucliers politique. D’un point de vue industriel, Sulzer sied fortement aux activités dans le gaz et dans le pétrole menées par Renova en Russie et dans les anciennes républiques de l’Union soviétique. Par la même occasion, il contente Vladimir Poutine avec lesquelles les relations ne sont pas totalement au beau fixe. Ainsi, il ménage diplomatiquement la chèvre et le chou, tout en restant sous le contrôle de Sulzer et de Vladimir Poutine.

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