Paradis fiscaux et judiciaires

A l’assaut des paradis fiscaux ?

samedi 3 novembre 2007

A l’assaut des paradis fiscaux ?

Même si les services secrets occidentaux vont réclamer davantage de moyens clandestins, la révélation de l’incroyable réseau financier de Ben Laden – avec une possible spéculation bousière, à la baisse, sur les entreprises ciblées sur les attentats – (cf à fleur de presse) semble avoir précipité la prise de conscience.

Le quotidien financier La Tribune dresse un réquisitoire, les paradis offshore au service du crime. Les patrimoines occultes sont évalués par le FMI à 5 000 milliards de dollars (près de 4 fois le PIB français). Ils ont décuplés en 15 ans : « la clientèle est très variée. Managers de multinationales ayant habilement géré les prix interfiliales et fait évporer les marges ; fraudeurs fiscaux de toute taille ; corrupteurs masqués et corrompus honteux ; trafiquants d’armes et autres produits sensibles ; organisations criminelles venant blanchir l’argent de la drogue et du racket ; officines gouvernementales agissant dans l’ombre au nom de la raison d’Etat ; gourvernants partageant d’inavouables commissions ; enfin bien entendu, terroristes organisés en réseaux, qui utilisent aussi ces paradis financiers pour transformer l’argent propre en argent du crime... Le boulevard est à double sens ».

« Plutôt que de songer à vitrifier Kaboul ou Kandahar, ne serait-il pas temps de fermer les Caïman et autres paradis financiers ? », s’interroge Jean-François Couvrat dans ce journal pas vraiment anticapitaliste.

Pourtant le Gafi, qui coordonne "la lutte" des pays developpés contre le blanchiment de l’argent sale, venait de retirer les îles Caïman, le Liechtenstein et Panama de sa liste des « territoires non coopératifs » : ces pays ont effet multiplié les lois anti-blanchiment... mais pas l’envie ni les moyens de les appliquer. « La lutte internationale contre les paradis fiscaux est en train de prendre eau de toute part » constatait début septembre Alter Eco... (09/2001).

Changement de décor le 11 du mois. « Depuis les attentats, Washington multiplie les déclarations de guerre contre l’argent sale » (Libération, 20/09). Le ministre américain de la justice demande au Congrès de réviser en ce sens la législation américaine. Le 18 septembre, Jacques Chirac suggère à Georges Bush « toute une série d’initiatives dans les domaines judiciaires, du renseignement, pour lutter contre le blanchiment de l’argent sale qui alimente le financement des terroristes » . Laurent Fabius veut « mettre au premier rang des priorités la traque financière contre le terrorisme ». Ce sera sûrement à l’agenda du G7

Mais l’on voit bien l’ambiguïté de ce soudain retournement : il ne s’agit pas de lutter contre l’iniquité intransèque des zones interlopes, mais de faire la guerre à un ennemi. La tentation sera grande, en Occident, de conserver entre soi les avantages de ce laxisme paradisiaque et d’organiser des contrôles qui en priveraient l’adversaire.

Inutile de souligner à quel point cette tentative serait vaine. Y compris parce qu ’en ces jeux de force, les amis d’hier peuvent devenir les ennemis de demain....

Extrait de Billets d’Afrique et d’Ailleurs N°96 - Octobre 2001 -

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