Paradis fiscaux et judiciaires

L’OM abonné au prétoire

mercredi 21 mars 2007

L’OM abonné au prétoire

21/03/2007 - 12:47

Par ERIC DELTOUR

De Sports.fr

Une fois encore, l’Olympique de Marseille défraye l’actualité judiciaire à l’occasion du procès Tuzzio qui s’ouvre aujourd’hui dans la cité phocéenne. Alors que son avenir, lié au rachat par l’homme d’affaires canadien Jack Kachkar, reste en suspens, l’OM est de retour dans le prétoire pour faire la lumière sur le transfert suspect de l’Argentin Eduardo Tuzzio. Un transfert qui aurait donné lieu au versement de primes et commissions occultes dont Frank Leboeuf, parmi les sept prévenus, aurait notamment bénéficié.

Absent à Marseille, Eduardo Tuzzio sera jugé cette semaine par défaut. Une affaire parmi tant d’autres (voir les Affaires de l’OM)... Une fois encore, l’OM se serait bien passé d’une si mauvaise publicité. Car voilà à nouveau le nom du club phocéen associé à des pratiques pour le moins douteuses. Et si l’Olympique de Marseille, tout comme il l’avait fait, en mars dernier, lors du procès dit des comptes de l’OM, s’est porté partie civile dans le procès de l’affaire Tuzzio qui s’ouvre ce mercredi matin, à Marseille, l’image du club ne ressortira forcément pas grandie de ce nouvel épisode judiciaire. Celui qui va occuper les débats de la 6e chambre correctionnelle et son président, le très offensif Vincent Turbeaux, jusqu’à vendredi, s’annonce d’ores et déjà comme une nouvelle plongée dans les eaux les plus troubles d’un football business sans foi, ni loi, où l’abus de biens sociaux semble érigé au rang de pratique courante.

Car cette affaire Tuzzio, du nom du défenseur argentin débarqué à l’OM à l’été 2001, après un furtif passage en Suisse au Servette de Genève, aujourd’hui joueur de River Plate, constitue une lamentable illustration de toutes les dérives qui accablent aujourd’hui le monde du ballon rond et la faune qui gravite autour. Au total, ils sont sept prévenus, renvoyés en citation directe par le parquet de Marseille, concernés par ce nébuleux transfert, vieux de bientôt six ans et qui n’en finit plus d’empoisonner la vie du club. Parmi eux, l’ancien directeur général de l’OM, Pierre Dubiton, qui semble en première ligne, mais aussi trois autres éléments clés de l’affaire qui tous brilleront par leurs absences cette semaine : Eduardo Tuzzio lui-même qui sera jugé par défaut (la convocation ne lui serait pas parvenue...), Hector Bargas, l’agent du joueur, qui affirmait à l’époque détenir 50% des droits de Tuzzio et Frank Leboeuf, soupçonné d’avoir bénéficié d’un versement occulte de 400 000 euros sur un compte au Luxembourg et retenu par sa demande de "carte verte" aux Etats-Unis.

58 transferts en une saison !

Autant d’intervenants qui de près ou de loin ont gravité autour du transfert de Tuzzio à Marseille en juillet 2001, période faste en matière de recrutement pour le club phocéen puisque cette saison-là, pas moins de 58 transferts sont enregistrés ! L’Argentin qui, bien qu’arrivé libre au Servette de Genève, était acheté... 6,4 millions d’euros par l’OM seulement... trois semaines plus tard. Autour de cette transaction, c’est un véritable système de surfacturations et de faux qui est mis à jour par le rapport de police, qui ne date que du 28 octobre... 2004, soit trois ans après les faits, en même temps que de nombreuses sommes versées sur des comptes à l’étranger.

Trois ans pour établir des faits qui finalement apparaissent d’une grande limpidité puisque l’argent du transfert de Tuzzio aurait servi à rémunérer... Frank Leboeuf et ce grâce à un intermédiaire nommé Hector Bargas, l’agent de Tuzzio donc. Le tout étant destiné à compenser une baisse de salaire lors du passage du champion du monde 1998 de Chelsea à l’OM grâce à un versement de 1,5 million d’euros sur un compte à l’étranger : une offre qui, selon Leboeuf, s’exprimant lors d’une première audition, avant de se rétracter, avait pour origine un certain... Bernard Tapie alors manager sportif du club.

Malgré les conclusions de l’enquête préliminaire, qui rendaient possibles les poursuites pour complicité d’abus de biens sociaux, faux et usage de faux à son encontre, l’ancien ministre a été "oublié" par le parquet, sans doute conscient des conséquences en cas de relaxe. De même, Robert Louis-Dreyfus, dont on peut penser qu’après sa condamnation pour abus de biens sociaux dans l’affaire des comptes de l’OM, ses déclarations de bonne intention à l’époque, ont joué en sa faveur...

Dubiton en première ligne

Reste, outre la présence de l’agent Gilbert Sau, qui dans le rapport de police est désigné ni plus ni moins comme "le personnage central de l’opération", un homme qui, aujourd’hui, fait figure de principal accusé : Pierre Dubiton, unique dirigeant de l’OM mis en cause et auquel il est reproché le "règlement d’un protocole d’accord du transfert fictif" de Tuzzio au Servette de Genève, là où Sau, lui, doit répondre du "règlement d’un contrat fictif de mandat." Ce dernier serait à l’origine du transit de Tuzzio au Servette de Genève et du tour de passe-passe permettant le passage du coût du transfert à l’OM du joueur de 3 millions à 6,4 millions d’euros, le tout agrémenté de la commission versée à Bargas qui était en fait prévue pour « soulager » Frank Leboeuf... Limpide non ?

© Sports.fr

Pour plus de précisions veuillez vous reporter aux rubriques suivantes :

1) l’interview de Denis Robert : le football est devenu une formidable machine à blanchir de l’argent ;

2) L’ouvrage de Denis Robert : "le milieu de terrain".


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