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Appels au boycottage des "rubis de sang" birmans

mercredi 21 novembre 2007

International

Appels au boycottage des "rubis de sang" birmans

AP | 21.11.2007 | 15:01

Des négociants internationaux en pierres précieuses appellent à boycotter les rubis venant de Birmanie, premier producteur mondial de cette gemme, pour priver le régime répressif birman d’une importante source de revenus. Mais leurs efforts semblent avoir peu de chances d’aboutir.

Les appels au boycottage des rubis exportés légalement ou clandestinement de Birmanie ont été relancés après la répression violente des manifestations pro-démocratie emmenées par les moines bouddhistes fin septembre. "Il y a une prise conscience croissante" de ce que la junte militaire birmane est "un régime fasciste", affirme Brian Leber, un négociant en gemmes américain, qui souhaite un embargo sur ces "rubis de sang".

"Le commerce de ces pierres soutient les violations des droits de l’Homme", souligne l’organisation américaine de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch. C’est un moyen pour la junte birmane d’obtenir facilement de l’argent lui permettant de "se maintenir au pouvoir", ajoute-t-elle.

Il est difficile d’évaluer les revenus tirés par le régime du commerce des rubis. En 1964, la Birmanie a introduit une vente aux enchères annuelle des gemmes, devenue semestrielle en 1992. Plus récemment, une troisième mise à l’encan a été organisée chaque année.

Toutefois, la plupart des rubis extraits des régions minières de Mogok et Mong Hsu (nord-est) font l’objet d’un commerce clandestin : après un voyage périlleux à travers les montagnes, la jungle et des zones en proie à des insurrections, ils se retrouvent en Thaïlande.

Là, ces pierres brutes sont chauffées avec des substances chimiques pour faire ressortir leur éclat et supprimer de petits défauts. Une fois taillées et polies, les gemmes sont proposées à des négociants étrangers qui les revendent à des bijoutiers dans le monde entier.

Entre la mine et le bijoutier, les gemmes changent de mains en moyenne quatre à six fois, leur prix augmentant de 20% à 30% à chaque fois, selon les marchands thaïlandais. Ce trafic court-circuite la compagnie publique birmane Gem Enterprise, qui gère les mises aux enchères des pierres précieuses à Rangoon.

Des rubis exceptionnels peuvent atteindre plusieurs millions de dollars ou d’euros. Selon le site Internet de la maison d’enchères britannique Christie’s, une bague ornée d’un rubis de 8,62 carats s’est vendue 3,6 millions de dollars (2,4 millions d’euros), soit un prix record de 425.000 dollars (287.000 euros) par carat, en février 2006.

La grande majorité des rubis birmans sont toutefois des pierres pesant au maximum deux carats, vendues quelques dollars par les mineurs birmans et commercialisées dans les bijouteries pour quelques centaines ou milliers de dollars (euros).

Le rubis est la deuxième pierre précieuse la plus rémunératrice pour la Birmanie, loin derrière le jade qui est essentiellement vendu à la Chine, alors que 85% des rubis birmans vont aux Etats-Unis, dans l’Union européenne et au Japon. La Birmanie exporte également des saphirs et des perles.

La compagnie publique Gems Enterprise affiche un chiffre d’affaires de près de 300 millions de dollars (206 millions d’euros) pour l’année fiscale 2006-2007, selon Human Rights Watch. D’après des négociants à Bangkok, la junte militaire gagne au moins 60 millions de dollars (41 millions d’euros) chaque année grâce aux gemmes, mais certains estiment que la somme pourrait être jusqu’à dix fois plus élevée.

Si un nombre croissant de négociants veulent un embargo sur le rubis birman, une telle mesure sera difficile à mettre en place alors que la Birmanie représente jusqu’à 90% de la production mondiale de rubis. Il faudrait presque interdire complètement le commerce de rubis pour que le boycottage puisse fonctionner, souligne P.J. Joseph, de l’Institut d’Asie des sciences gemmologiques.

De son côté, Arnold Silverberg, qui possède la société de négoce en pierres précieuses AJS Gems à Bangkok, estime qu’un embargo affecterait la population, mais pas la junte, qui selon lui tire des revenus bien plus importants d’autres ressources.

Aux Etats-Unis, l’association des Bijoutiers d’Amérique soutient le boycottage, recommandant à ses 11.000 membres d’importer leurs gemmes "d’une manière qui respecte les droits de l’Homme".

© AP

Publié avec l’aimable autorisation de l’Associated Press.

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