Paradis fiscaux et judiciaires

La protection des sources battue en brèche

mardi 25 décembre 2007

La protection des sources battue en brèche

Paule Gonzalès

24/12/2007 | Mise à jour : 10:45 |

Le Télégramme de Brest conteste la communication à la justice par Orange des relevés téléphoniques d’un de ses investigateurs.

Jamais il n’aura été aussi difficile pour la presse de protéger ses sources. Le Télégramme de Brest est désormais bien placé pour le savoir. En fin de semaine dernière, le quotidien régional a découvert que le parquet de Quimper avait obtenu de l’opérateur téléphonique Orange, le relevé des communications d’un de ses journalistes.

Hervé Charbonnière, qui enquête depuis l’été 2006 sur un meurtre lié au « milieu » nantais, n’a jamais été informé de cette « réquisition du parquet » permettant alors à la police judiciaire d’éplucher ses contacts et même de convoquer les interlocuteurs figurant dans la liste de ses appels. Ces derniers se sont vu demander des comptes sur leurs conversations confidentielles avec le journaliste.

Si la justice a les moyens de casser le secret professionnel qui entoure certaines professions protégées comme la presse, en revanche, il était jusqu’à présent très rare que les publications concernées n’en soient pas averties.

En l’espèce, l’enquêteur du Télégramme avait bien été reçu par la police judiciaire au cours de l’été 2006. Au nom de l’article 109 du Code de procédure pénale ayant trait à la protection des sources journalistiques, il avait alors refusé de communiquer l’identité de ses différents contacts. Qu’à cela ne tienne. La justice a préféré se passer de son accord, mais aussi, comme c’est souvent l’usage dans ce type d’affaires, d’une discussion contradictoire avec la direction de la rédaction du quotidien.

« Une forme de désinvolture »

« Il y a un côté Big Brother à remonter ainsi directement à la source », s’insurge Hubert Coudurier, directeur de l’information du Télégramme, « et il est regrettable qu’une sorte de complicité s’installe ainsi entre les opérateurs de télécoms et la justice sur le dos de la presse, considérée comme quantité négligeable. On ne peut que regretter cette forme de désinvolture qui s’amplifie et finit par nier le rôle de contre-pouvoirs que remplissent les journaux. » L’opérateur, quant à lui, souligne qu’ « il a obligation de répondre à toute réquisition de la justice » et qu’il est « tenu à la confidentialité quant aux demandes qui lui sont faites ».

Cet incident suit de près plusieurs autres affaires, comme les mises en examen d’un journaliste du Monde il y a 15 jours, d’un enquêteur du Parisien il y a un mois et de cinq journalistes du Point et de L’Équipe en octobre dernier, ces derniers enquêtant sur l’affaire Cofidis. Dans tous les cas, il s’agissait pour la justice d’accéder aux sources.

La semaine dernière, Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, qui rencontrait Rachida Dati, a souhaité sensibiliser la garde des Sceaux sur cette question. Son prédécesseur s’était engagé en 2006 à renforcer la liberté de la presse.

En vain.

© Le Figaro

Publié avec l’aimable autorisation du journal Le Figaro.

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