Paradis fiscaux et judiciaires

Clearstream vs Denis Robert

samedi 6 septembre 2008

JUSTICE

Clearstream vs Denis Robert

NOUVELOBS.COM | 06.09.2008 | 13:11

Le journaliste s’est trouvé à nouveau dans un prétoire, nouvelle étape dans le procès intenté contre lui par la banque luxembourgeoise.

Hier, jeudi 4 septembre, au cours d’une l’audience qui a duré huit heures, une lassitude inhabituelle se dessinait par moment sur le visage de Denis Robert. Le journaliste se trouvait à nouveau dans un prétoire, cette fois-ci devant la 11ème chambre de la cour d’appel de Paris, nouvelle étape dans le procès intenté contre lui par Clearstream. Plus personne n’ignore que la société financière luxembourgeoise le poursuit en diffamation depuis la publication en 2000 et 2002 de ses deux livres "Révélations" et "La Boite noire" et la diffusion par Canal Plus de son film "Les Dissimulateurs".
Les juges d’appel vont devoir trancher entre deux décisions contradictoires rendues en première instance : l’une établissant la bonne foi et le sérieux du journaliste et de son enquête, l’autre le condamnant à un euro symbolique en raison de passages diffamatoires.

"Une usine à phantasmes"

Un col de chemise rose dépassant de sa robe d’avocat, Richard Malka a fait au nom de la multinationale une plaidoirie brillante et pleine de sarcasme d’où il ressort que Denis Robert serait "une usine à phantasmes". "Moi les phantasmes j’ai rien contre, a-t-il déclaré, dans certains domaines en tous cas, mais pas en matière de journalisme". L’avocat a prié la cour de se mettre à la place du personnel de Claerstram -1500 salariées froissés d’être désignés comme "le centre névralgique du blanchiment mondial". "Clearstream travaille avec les paradis fiscaux ? C’est exact mais ou est le problème ?" a-t-il demandé avant d’expliquer que les toutes les activités et transferts de fonds sont légaux mais protégés de cette chose simple qui aurait échappé a ce pauvre Robert : le secret bancaire.

"Une intrigue de roman de gare"

Pour ramener l’enquête à "une intrigue de roman de gare", Richard Malka s’est à plusieurs reprises appuyé sur des articles parus dans Le Monde signés d’Edwy Plenel "qui depuis 5 ou 6 ans professe qu’il n’y a pas d’affaire Clearstream", a t-il précisé. Ancrée sur des témoignages fragiles, l’enquête sur Clearstream serait l’oeuvre d’un journaliste "nocif pour la démocratie", animé d’un esprit mercantile dans le genre soyons-martyr-pour-devenir-riche-et-célèbre. Vu l’état des finances de Denis Robert, c’est raté.

De l’autre coté de la barre, sollicitée peu avant l’été pour succéder à maitre Zaoui en convalescence, l’avocate de Denis Robert a paisiblement plaidé le sérieux absolu du journaliste. Moins sure d’elle que son fiévreux confrère, à trois reprises hésitante mais perçue comme d‘autant plus sincère, Bénédicte Litzler a repris une par une les différentes étapes d’une enquête menée sur trois ans, pour en démontrer la solidité. Faisant quelques pas dans l’allée sur des sandales d’été à talons compensées, soutenant de temps à autre le regard d’un Richard Malka ricanant sans discrétion avec ses deux confrères, la jeune femme a expliqué comment Denis Robert avait toujours recoupé ses informations et juste voulu faire son travail en informant le public de l’existence de chambres de compensation susceptibles d’être utilisés comme outil de blanchiment.

Jugement le 16 novembre

Après avoir rappelé que Cleartream a, comme par hasard, mis en en place des mécanismes de contrôle juste après la parution de l’enquête, Maitre Litzler a demandé aux juges s’il n’était pas dans la nature d’un journaliste de s’intéresser aux établissements financiers d’un pays dont le ministre de la Justice est aussi ministre de l’Economie et des Finances et… président de la Banque centrale. "Je sais que le Luxembourg est un petit pays mais de là à ne pas trouver trois personnes pour remplir les trois fonctions…." La jeune avocate a conclu en demandant aux juges de ne pas oublier que l’enquête date d’il y a huit ans et qu’ "à l’époque Denis Robert avait tous les éléments pour écrire ce qu’il a écrit et dire ce qu’il a dit." La cour se prononcera le 16 novembre.

Anne Crignon

© Le Nouvel Observateur

Publié avec l’aimable autorisation du Nouvel Observateur.

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