Paradis fiscaux et judiciaires

Paradis fiscaux : la Suisse épinglée, le Luxembourg appelé à montrer l’exemple

mercredi 22 octobre 2008

Paradis fiscaux : la Suisse épinglée, le Luxembourg appelé à montrer l’exemple

PARIS (AFP) — Dix-sept pays occidentaux réunis à Paris à l’initiative de la France et de l’Allemagne ont cherché à relancer mardi l’offensive contre les paradis fiscaux, Berlin demandant même l’inscription de la Suisse sur la "liste noire" de l’OCDE.

Absent comme la Suisse de la réunion, le Luxembourg, régulièrement critiqué pour son secret bancaire, n’a pas été épargné pour autant mardi, le président français Nicolas Sarkozy l’invitant à montrer l’exemple en matière de réforme du système financier et de transparence.

"Je compte sur le soutien du Luxembourg pour que l’architecture financière (mondiale) soit profondément repensée à l’extérieur et à l’intérieur de notre continent", a lancé le président en exercice de l’UE devant le Parlement européen à Strasbourg.

Alors que la crise a suscité une demande de moralisation du système financier, les participants à la réunion de Paris ont de leur côté pressé l’OCDE de "réactualiser" d’ici à mi-2009 la "liste noire" des pays "non-coopératifs" en matière fiscale et judiciaire. Vidée de sa substance au fil des années, elle ne compte plus que Andorre, Monaco et le Liechtenstein.

De nombreux pays en ont été rayés lorsqu’ils ont pris des engagements de transparence - qu’ils n’ont d’ailleurs pas respectés.

Le ministre allemand des Finances Peer Steinbrück, dont le pays est secoué par un scandale de fraude fiscale vers le Liechtenstein, n’y est pas allé par quatre chemins : "La Suisse mérite de figurer sur la liste noire" car "elle propose des conditions de placement qui incitent certains contribuables allemands à pratiquer l’évasion fiscale".

"Le secret bancaire doit trouver ses limites. La Suisse a fait des progrès mais sa définition de la fraude fiscale est beaucoup trop réduite", a renchéri le ministre français du Budget Eric Woerth.

Le ministère suisse des Finances s’est borné à répondre dans la journée qu’il "ne voyait pas de raison dans l’immédiat de réagir".

Quant au Luxembourg, il s’est dit "prêt à discuter" du secret bancaire, refusant toutefois d’être assimilé à un paradis fiscal.

D’autres Etats ont eu les oreilles qui ont sifflé lors de cette rencontre : "nous avons évoqué un certain nombre de pays, Bahamas, îles Caïmans, îles vierges britanniques, Samoa, des centres financiers offshore comme Singapour", a expliqué M. Woerth.

Une nouvelle réunion aura lieu à Berlin en mai ou juin 2009, avant le sommet du G8, pour arrêter "l’ensemble des mesures de rétorsion que nous devons prendre au niveau international pour être plus efficaces contre ces pays qui n’ont rien à faire dans la communauté internationale", a précisé M. Woerth devant l’Assemblée nationale, en les qualifiant de "prédateurs fiscaux".

Participaient à cette rencontre le Royaume Uni, la Belgique, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède, le Danemark, l’Irlande, l’Australie, la Finlande, l’Islande, l’Italie, le Japon, la Corée du Sud, le Mexique, l’Espagne, ainsi que le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria.

La Suisse et le Luxembourg s’étaient décommandés in extremis. "Significatif", a jugé M. Woerth.

"Ces annonces correspondent à ce que nous avions suggéré", s’est félicitée l’ONG Transparency International France. Avec la crise financière, il n’y a jamais eu "une volonté aussi forte" de lutter contre les paradis fiscaux.

Dans la foulée de la conférence, Berlin a annoncé son intention de renforcer les mécanismes de lutte contre l’évasion fiscale et les centres offshore.

© AFP

Publié avec l’aimable autorisation de l’Agence France Presse.

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