Paradis fiscaux et judiciaires

Perfide Albion

mercredi 18 mars 2009

Chronique

Perfide Albion, par Marc Roche

LE MONDE | 17.03.09 | 13h40 • Mis à jour le 17.03.09 | 13h40

Il y a de l’aigle impérial dans la manière dont Gordon Brown porte la tête, fixe le regard, crispe le menton et cloue du bec tout ce qui passe à sa portée. Seulement voilà : l’hôte du G20, qui doit se tenir le 2 avril à Londres, est un oiseau de proie à deux têtes qu’il ne montre jamais simultanément.

Ainsi, le premier ministre britannique mène la croisade du G20 contre les paradis fiscaux, qu’il accuse de tous les maux de la planète. Pourtant, la plus grande, la plus belle, la plus sophistiquée, la plus perméable des "machines à laver" les fonds troubles est nichée à quelques encablures de l’Excel Exhibition Center, où doit se dérouler la réunion du G20. C’est la City de Londres.

Dans les arrogants gratte-ciel qui écrasent la cathédrale St Paul se déroule, en temps réel, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, une superproduction hollywoodienne se jouant des frontières. Avec, dans le rôle principal, le demi-monde financier, des grosses fortunes, des intermédiaires peu regardants et un gendarme des marchés incompétent.

Madoff, AIG, Standford, Royal Bank of Scotland, HBOS, Northern Rock... La première place financière européenne a été mêlée de près à tous les scandales qui ont émaillé la chronique financière de ces derniers mois. Ces affaires ont enrichi le Livre noir du recyclage d’argent des dictateurs (Mugabe, Abacha), de l’évasion fiscale à grande échelle (oligarques russes) et des commissions occultes versées dans le cadre des contrats d’armements (British Aerospace). Et, au nom de la raison d’Etat ou de la confidentialité, les pauvres magistrats ont vu leurs enquêtes piétiner devant les portes des banques et du gouvernement de Sa Majesté.

La culture de cupidité de la City est à la base de ces graves dysfonctionnements. Moyennant de grosses commissions, banquiers et gérants se montrent peu regardants dans l’application de la sacro-sainte règle dite du "KYC" ("know your customer"). Ses institutions savent se montrer accommodantes avec l’argent d’origine douteuse. La place peut compter sur l’expertise d’une armée d’avocats et de comptables pour concocter des structures financières mettant l’argent à l’abri du fisc. La constitution de trusts, dont on ne connaît pas le bénéficiaire, administrés par un cabinet juridique ou d’audit, est, par exemple, l’une des spécialités de ces spécialistes en brouillage de pistes. En outre, Londres a permis aux traders d’utiliser le paradis fiscal de Jersey pour échapper à l’imposition de leur prime de fin d’année.

Lire la suite sur le site du journal Le Monde.


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