Paradis fiscaux et judiciaires

« Voyous »

samedi 1er février 2003

« Voyous »

Dans le Nord de la France, Metaleurop largue une usine polluée et ses centaines d’ouvriers. Propriétaire : Glencoreinstallée à Zoug, un super-paradis fiscal au sein du paradis helvétique. Fondateur de Glencore : Marc Rich.

Le vieux pétrolier Prestige, téléguidé depuis une dizaine de paradis fiscaux, va polluer durant plusieurs années les côtes de l’Atlantique. Expéditeur de son fuel toxique : Crown Resources, basée à Zoug, dirigée par un proche disciple de Marc Rich, Steven Rudofsky, et reliée à un cartel mafieux, le groupe russe Alfa.

Ces sympathiques cartels ont racheté la Russie, une partie de la Côte d’Azur, et failli mettre la main sur la plus vieille banque US, la Bank of New York – avant d’être gentiment priés de ne pas exagérer. Principal “inventeur” de leurs trésors de guerre : Marc Rich, qui a aidé ces groupes à brader les stocks stratégiques de l’URSS et à planquer la différence dans les places financières offshore, en Suisse et ailleurs 1.

Rappelons cette citation d’un banquier international : « Marc Rich est l’un des grands concepteurs des schémas d’utilisation de cash offshore largement employés par les magnats russes des matières premières entre 1985 et 1992. Il leur a appris à échapper à la tutelle de l’État pour écouler leur pétrole. Par la suite, ils ont volé [sic] de leurs propres ailes ». (Les Échos, 04/04/2001).

Après avoir longuement aidé au contournement du boycott de l’apartheid, Rich a appliqué ses talents à l’évasion des profits de l’or noir africain. Il contribua bien sûr à l’Angolagate, un “trou noir” de la criminalité financière mondialisée. Condamné pour fraude fiscale aux États-Unis, il fut gracié par Bill Clinton sur intervention, entre autres, du Mossad.

Il a les nationalités américaine, israélienne et espagnole. Trois pays engagés dans la coalition anti-irakienne.

On espère que ce n’est pas seulement pour cette raison conjoncturelle
que la ministre de l’Environnement, Roselyne Bachelot, un des pivots du lobby pro-irakien, s’est mise à parler de « voyous » à propos de Rich et ses complices.
Le terme est approprié, s’agissant d’un promoteur et magnat des « mondes sans lois » (les paradis fiscaux).

Mais cette voyoucratie déborde largement le récent antagonisme franco-américain sur l’Irak : Bush, les pétroliers texans, Saddam Hussein, Ben Laden, Kadhafi, en ont profité, aussi bien que la Françafrique…

Les paradis fiscaux sont essentiels à la guerre économique et à la guerre tout court. Rich et ses émules ne font pas que plomber le Nord de la France et polluer ses côtes. Ils ruinent l’Afrique et la planète, avec la trop longue complicité de tous ceux qui jusqu’ici, sans broncher, ont bénéficié de leurs largesses. Ou plagié leurs inventions, telles les équipes de spéculateurs des plus grandes banques françaises.

En programmant le 20 janvier au Conseil de sécurité de l’ONU une réunion ministérielle sur la lutte contre le terrorisme et son financement, la France a toutefois ouvert ce dossier brûlant. Dominique de Villepin a préconisé « d’approfondir la réflexion sur les paradis fiscaux, le secret bancaire, la traçabilité des transferts de fonds électroniques, les trafics divers. »

Quel délai de la réflexion à l’action ? Le lendemain 21 janvier, l’Union européenne trouvait un accord par le bas sur la question de la fiscalité de l’épargne, un chantier ouvert depuis quatorze ans.

12 pays sur 15, représentant plus de 95 % de la population de l’Union, “capitulaient” devant l’obstination du Luxembourg, de la Belgique et de l’Autriche à préserver leur secret bancaire, en s’adossant aux pratiques suisses. Il s’agissait, évidemment, de bien autre chose que de fiscalité (les “planqués” acquitteront d’ailleurs un impôt forfaitaire élevé, 30 %, sur les revenus de leur épargne) : laisser tranquilles les capitaux délinquants ou criminels.

Le 19 décembre, les députés de la majorité présidentielle française et de la droite européenne avaient voté contre la création, par le Parlement européen, d’une commission d’enquête « chargée d’analyser les causes et les effets du naufrage du Prestige »… (Le Canard enchaîné, 15/01/2003).

1. Cf. Billets n° 90, 91, 92, 97, 110.

Un long passage est consacré à Marc Rich dans F.X. Verschave, L’envers de la dette, Agone, 2001, p. 90-95.

Extrait de Billets d’Afrique et d’Ailleurs N°111 - Février 2003 -

Publié avec l’aimable autorisation de l’association Survie.

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