Paradis fiscaux et judiciaires

L’urgence de pouvoirs nouveaux contre les marchés financiers

lundi 30 mars 2009

Article paru le 28 mars 2009

l’Humanité des débats. Paradis fiscaux : que faudrait-il faire ?

L’urgence de pouvoirs nouveaux contre les marchés financiers

Par Denis Durand, économiste, syndicaliste, membre de la direction nationale du PCF.

Les paradis fiscaux ne sont pas une pathologie du capitalisme financiarisé. Ils en sont un organe. Ni le Luxembourg, ni le Liechtenstein, ni les îles Caïman ou les Antilles néerlandaises ne feraient parler d’eux si les filiales de Total, de BNP-Paribas ou d’Axa ne s’en servaient pas de façon systématique pour leurs affaires ordinaires. Après tout, le plus grand paradis fiscal de la planète n’est-il pas la City de Londres, au coeur même du système ? Les paradis fiscaux ne se réduisent donc pas à une face obscure de la mondialisation capitaliste, même s’il est vrai qu’on ne tient pas les premiers rangs sur les marchés mondiaux des matières premières, de l’industrie ou de la finance sans avoir parfois besoin d’endroits discrets pour abriter des contacts avec des affaires clandestines.

Mais les pratiques qui ont déclenché la crise actuelle (la spéculation effrénée sur les titres représentatifs de crédits bancaires aux ménages américains) n’avaient rien de spécialement illégal. Si elles ont conduit le système financier mondial tout entier au bord de la faillite, c’est parce que cette crise, initialement localisée à un secteur particulier, a éclaté au milieu d’une accumulation sans précédent de capital financier désespérément à la recherche de rentabilité. Entre 1990 et 2007, pendant que la création de richesses réelles, approximativement mesurée par le PIB mondial, n’augmentait que de 78 %, le montant total des actions et des obligations en circulation sur toutes les places financières du monde a presque sextuplé. Cette masse de liquidités a certainement contribué à gonfler le volume des fonds localisés dans les paradis fiscaux.

Maintenant que la crise a éclaté, les gouvernements des deux côtés de l’Atlantique mettent la lutte contre les paradis fiscaux à l’ordre du jour, du moins en paroles. Le secret bancaire suisse, qui semblait inviolable pour l’éternité, s’est entrouvert pour les autorités américaines lorsque celles-ci ont vu officiellement des inconvénients à son existence. Quant aux dirigeants de l’Union européenne, le thème du renforcement de la réglementation dans différents domaines de la finance leur sert de cheval de bataille pour la préparation du G20 du 2 avril. Mais on avait déjà dit la même chose il y a dix ans, après la précédente crise financière (née, celle-là, de la spéculation sur les exportations de capitaux en Asie du Sud-Est), et encore au début de cette décennie après la faillite d’Enron et de Worldcom. Cela n’avait pas empêché les marchés de repartir de plus belle dans l’« exubérance irrationnelle ».

C’est bien l’utilisation de l’argent par les multinationales, les conditions de sa mise en circulation par les banques et les banques centrales qui sont la question cruciale.

Pour y répondre, une intervention renforcée de l’État (par exemple sous forme de mesures tendant à réprimer l’usage des paradis fiscaux) ne suffira pas. Il faudra aussi que la conquête de pouvoirs contre les marchés financiers devienne l’affaire des salariés et des citoyens. Avec la crise, des propositions dans ce sens, portées naguère par le seul Parti communiste, trouvent aujourd’hui un soutien plus large : mobilisations dès les entreprises et les bassins d’emplois pour des fonds régionaux pour l’emploi et la formation ; constitution d’un pôle financier public au service de l’emploi, de la formation et de la croissance réelle ; politique sélective de la BCE pour décourager les placements financiers et pour stimuler les crédits finançant les investissements favorables à l’emploi et à la création de valeur ajoutée ; coopération internationale pour remettre en cause l’hégémonie du dollar et de Wall Street à l’aide d’une monnaie commune mondiale… Les luttes populaires, avec la force et la capacité de rassemblement que peut leur donner la cohérence de ces objectifs, feront plus pour remédier aux causes profondes de la crise que les discours des dirigeants du monde occidental faisant soudain mine de découvrir les méfaits des paradis fiscaux.

Publié avec l’aimable autorisation du journal l’Humanité.

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