Paradis fiscaux et judiciaires

La vengeance d’une veuve

samedi 11 juillet 2009

Nº2331 SEMAINE DU JEUDI 09 Juillet 2009

La vengeance d’une veuve

Extraits d’un article mis en ligne sur le site du Nouvel Observateur :

Où sont passés les toiles et les milliards ? A la mort de Daniel Wildenstein, il ne restait presque rien de sa fabuleuse collection. Disparus, les Rembrandt. Evaporés, les Bonnard. Mais peut-être pas perdus pour tout le monde. Depuis huit ans, Sylvia, la dernière épouse, mène l’enquête

Parallèlement, de ses bureaux du 16e arrondissement, Me Dumont-Beghi se lance dans une recherche pour recenser les oeuvres d’art susceptibles d’appartenir aux Wildenstein. Elle plonge dans les catalogues, les revues, mais ça ne suffit pas. Elle fait le tour des grands musées mondiaux en s’interrogeant sur le propriétaire chaque fois que le tableau vient d’une « collection privée ». Elle n’hésite pas à écrire, à téléphoner aux responsables de ces institutions, sans se soucier de l’effet sur la réputation de la famille. Une démarche insupportable pour Alec et Guy Wildenstein... Pire encore, pour obliger les propriétaires des tableaux à se dévoiler, Sylvia Roth n’hésite pas à demander leur saisie ! A l’occasion de la très belle exposition Bonnard au Palais de Tokyo à Paris en mars 2006, elle y est allée franco. Daniel Wildenstein n’a jamais caché que l’un des plus beaux coups de sa carrière de marchand a été l’acquisition de quelque 600 toiles du peintre auprès de Charles Terrasse, son neveu et héritier. Le galeriste en a vendu beaucoup, mais en 1999 il estimait qu’il lui en restait 180. Sylvia en connaît 19. Son mari les a logés dans une entité juridique spéciale, le Sylvia Trust, enregistré aux Bahamas (voir encadré). Ils sont à la disposition de son épouse, qui pourrait même en vendre si elle se trouvait en mauvaise santé et dans le besoin. Sinon, à la mort de Sylvia, ce sont les petits-enfants de Daniel qui en hériteront. Mais où sont les 161 autres ?
Et ce « Joueur de luth » peint par le Caravage et exposé au Metropolitan Museum de New York, à qui appartient- il ? Il avait été déposé en caution d’un prêt par Daniel. Pourquoi n’est-il pas dans la succession ? Les assureurs le couvrent à hauteur de 18 millions d’euros, mais les experts l’estiment plutôt à 60 millions, voire davantage... La valeur de ce seul tableau gonflerait sensiblement la succession. Alec et Guy pensaient qu’il avait lui aussi été apporté à un trust, mais faute de preuve il sera réintégré à l’héritage. Une savoureuse victoire pour Me Dumont-Beghi. Rien à faire cependant pour bien d’autres actifs de Daniel Wildenstein. Si le château de Marienthal à Verrières-le Buisson (Essonne), acquis par son grand-père Nathan, figure dans la succession, pas de traces des deux autres grandes propriétés de Daniel : l’extraordinaire ranch du Kenya, lieu de résidence d’Alec, où Sydney Pollack a tourné le film « Out of Africa », et Xanadu, l’îlot acheté dans les îles Vierges par Daniel pour que, confient deux témoins à la signature, « Sylvia y passe ses vieux jours ». Les amis des Wildenstein gardent un souvenir ému de leurs séjours dans ces deux lieux magiques... Pas de signe non plus, dans la succession, du bateau et de l’avion de Daniel Wildenstein (immatriculé à sa date de naissance et frappé aux armoiries de son écurie de courses), pas davantage de la galerie ou des immeubles de la famille à New York.
« Il n’y a là rien d’anormal », plaide le cabinet Darrois. Beaucoup de biens sont logés dans des trusts, et « des trusts, dans cette famille, il y en a toujours eu pour des raisons de confidentialité et de meilleure organisation patrimoniale. Ils ne s’en sont jamais cachés devant la justice ou le fisc ». Les tableaux mais aussi la galerie et les immeubles de New York appartiennent à des entités situées dans des paradis fiscaux (voir encadré). « La justice a eu à connaître certains de ces trusts et a considéré qu’il s’agissait d’entités juridiques propres, sans lien avec la succession », poursuit-on au cabinet Darrois en référence à deux trusts : le Sylvia et le David Trust. Une décision de la cour d’appel, confirmée par la Cour de Cassation, l’a entériné. Mais Sylvia Roth et Me Dumont-Beghi ont continué leur traque. Car elles sont convaincues qu’au-delà du David et du Sylvia Trust il en existe d’autres. Elles ont en effet retrouvé le ranch kényan dans le David Trust, mais de Xanadu, l’îlot des îles Vierges, pas de traces. Il doit donc y avoir au moins une troisième entité. A elles de le prouver.

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© Le Nouvel Observateur

Publié avec l’aimable autorisation du Nouvel Observateur.

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