Paradis fiscaux et judiciaires

« Le port d’Abidjan est une pompe à finances pour le régime »

jeudi 14 septembre 2006

Pollution.

Christian Bouquet, professeur de géographie, évoque le rôle du Président Gbagbo et de son entourage :

« Le port d’Abidjan est une pompe à finances pour le régime »

Par Judith RUEFF

QUOTIDIEN : Jeudi 14 septembre 2006 - 06:00

Christian Bouquet, professeur de géographie politique à Bordeaux-III et spécialiste de la Côte-d’Ivoire, explique comment le port d’Abidjan est au coeur de tous les trafics.

Le port d’Abidjan est le poumon économique du pays. Une telle affaire est-elle possible à l’insu du pouvoir ivoirien ?

A l’évidence, le port autonome d’Abidjan est un très gros fromage, attribué par Gbagbo à un de ses proches, Marcel Gossio, l’un des plus gros sponsors du parti présidentiel. Gossio est partie prenante avec l’épouse du Président, Simone, dans la société écran ­ Tommy ­ qui était censée épandre les déchets dans des décharges d’Abidjan. Il est probable que l’on savait que ces produits étaient toxiques, même si le chef de l’Etat a toujours dit qu’on lui avait garanti le contraire.

A qui rapporte le crime ?

Je l’ignore dans ce cas précis, mais il est certain que le port, qui a toujours été une pompe à finances pour le régime, est en excellente santé. Depuis 2004, le trafic est supérieur à ce qu’il était avant la coupure du pays en deux, en 2002, avec un record en 2005 : 18,6 millions de tonnes. Le trafic des produits pétroliers se porte très bien, avec l’ouverture d’un nouveau champ de brut et la hausse des capacités de raffinage. Tout cela représente évidemment beaucoup d’argent : 1 000 milliards de francs CFA (environ 1,5 milliard d’euros) pour le pétrole, 815 milliards pour le café-cacao. Mais cette rente s’évapore, et bien peu atterrit dans les caisses de l’Etat. Cette année, les prévisions de recettes fiscales pétrolières devraient atteindre 80 milliards d’euros. On est loin du compte.

Le scandale éclabousse-t-il le Président ?

Je suis surpris du risque qui a été pris d’accepter ces déchets pour des sommes relativement modiques, si l’on en croit la presse ivoirienne. Quelques milliards de francs CFA, ce n’est rien au vu de l’argent détourné chaque jour. Il y a sans doute eu dérapage à des échelons intermédiaires... Et Laurent Gbagbo, une fois de plus, a su transformer l’affaire en coup politique, en démissionnant en bloc le gouvernement du Premier ministre Charles Konan Banny. Ce qui va lui permettre une nouvelle fois de repousser les échéances, alors que l’ONU examine dans quelques jours la question du désarmement et de l’identification des électeurs, et que son mandat expire en principe fin octobre.

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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