Paradis fiscaux et judiciaires

Les choux gras de l’écomafia

mardi 21 novembre 2006

Déchets. En Italie, des millions de tonnes d’ordures industrielles produites au Nord sont l’objet d’un trafic illégal vers les villes du Sud.

Les choux gras de l’écomafia

Par Laure STEPHAN

QUOTIDIEN : mardi 21 novembre 2006

Rome intérim

Les premiers « états généraux » de la lutte contre le crime organisé, promus par Libera, réseau d’associations contre les mafias en Italie, se sont tenus à Rome le week-end dernier. Une occasion qu’a saisie Legambiente, association italienne de défense de l’environnement, pour demander aux autorités de renforcer la lutte contre l’écomafia, la mainmise de la criminalité organisée sur les constructions illicites et le trafic des déchets.

Désastre. « Le trafic illégal des déchets représente la deuxième activité des organisations criminelles, juste après la drogue.

Un "marché" qui représente près de 100 millions d’euros [Legambiente parle de son côté de trois milliards, ndlr] par an en Italie », explique Donato Ceglie, substitut du procureur de la République à Santa Maria Capua Vetere, en Campanie.

Depuis plus de dix ans, la criminalité organisée, via sociétés ou intermédiaires crapuleux, gère chaque année plusieurs millions de tonnes de déchets produits par l’industrie.

Certains disparaissent purement des bilans des entreprises, d’autres sont expédiés au sud de l’Italie.

Une aubaine pour les sociétés du Nord (Vénétie, Lombardie et Piémont) qui ont trouvé le moyen de « réduire de près de 50 % les coûts de destruction », affirme Donato Ceglie. Mais un désastre pour le Mezzogiorno (le Sud).

Les Pouilles et la Campanie occupent ainsi les premières places du trafic illégal. Les modes de gestion sont dévastateurs pour l’environnement. Ces déchets sont enfouis dans le sol et, surtout, brûlés.

« A l’école, quand on a demandé à mon neveu de quelle couleur était le ciel, il a répondu "gris". Car, au nord de Naples, près de l’Asse Mediano, le ciel est toujours gris. Chaque nuit, des déchets sont brûlés au bord de ce périphérique », raconte Raffaele Del Giudice, un responsable de Legambiente en Campanie. « On brûle tout : déchets toxiques, chimiques, métalliques... », détaille-t-il. Avec des conséquences dramatiques sur les habitants de la zone : pics de dioxine alarmants, augmentation des décès liés au cancer, contamination des sols par des substances toxiques...

Charte. Raffaele Del Giudice déplore l’inertie de l’administration face aux incendies de déchets, pourtant visibles de tous : « Il n’y a aucune surveillance, aucune étude, rien. »

Enrico Fontana, responsable juridique de Legambiente, enfonce le clou : « Pour lutter contre l’illégalité environnementale, des constructions clandestines au trafic de déchets, nous demandons de nouvelles lois pour protéger l’environnement et la mise en place de structures efficaces pour mesurer la pollution et la toxicité. »

Ces deux propositions figurent dans la charte que les participants aux assises de la lutte contre la mafia ont remise hier à Fausto Bertinotti, président de la Chambre des députés.

Mais, pour Enrico Fontana, la mobilisation doit aussi se faire dans le secteur économique : « Nous attendons de la Confindustria [le Medef italien] qu’elle introduise un code d’éthique au niveau des entreprises sur le suivi des déchets. »

Ce trafic est d’autant plus important qu’il s’internationalise.

Les déchets viennent d’Allemagne ou de Suisse. Mais certains quittent aussi l’Italie pour l’Europe de l’Est ou l’Afrique.

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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