Paradis fiscaux et judiciaires

Les pays pauvres peinent toujours à récupérer l’argent de la corruption

mardi 8 juin 2010

Les pays pauvres peinent toujours à récupérer l’argent de la corruption

AFP / 08 juin 2010 18h01

PARIS - Des dizaines de milliards de dollars sont détournés chaque année dans les pays pauvres pour atterrir dans les paradis fiscaux, mais leur restitution se heurte souvent à un manque de volonté politique, y compris dans les Etats victimes de ce fléau.

La Banque mondiale (BM) et la Suisse, une des principales places bancaires mondiales, ont appelé mardi, lors d’une conférence à Paris, les Etats membres du G20 à agir contre ce "pillage" qui entrave les efforts de développement et à favoriser la restitution des avoirs cachés.

Selon leurs estimations, 20 à 40 milliards de dollars sont "dérobés" chaque année aux pays en développement du fait de la corruption.

"Une grande partie de l’argent qui leur est volé trouve refuge sur les places financières internationales", ce qui "contribue à l’appauvrissement des pays les plus pauvres", ont affirmé les organisateurs de cette réunion.

A titre d’exemple, la BM souligne que 20 milliards de dollars permettent de financer la construction de 48.000 km de routes ou le traitement pendant une année complète de 120 millions de personnes atteintes du VIH/sida.

Or ces 16 dernières années, 5 milliards seulement ont été recouvrés par les pays d’origine.

"Nous devons favoriser la restitution de ces avoirs, nous en avons les instruments et nous en avons les moyens", a déclaré la directrice générale de la BM Ngozi Okonjo-Iweala.

La Suisse, dont le secret bancaire en a fait une des destinations des fonds issus de la corruption, se veut aujourd’hui en première ligne contre ce fléau.

"A ce jour, nous avons rendu 1,6 milliard de dollars aux pays d’origine", a ainsi assuré la ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, citant les cas des avoirs des anciens dirigeants philippin Ferdinand Marcos et nigérian Sani Abacha.

"Il ne faudrait pas que ces affaires servent d’écran de fumée pour dissimuler le travail qui reste à faire", prévient cependant William Bourdon, responsable de l’association française Sherpa.

Pour Daniel Lebègue, président de l’organisation non gouvernementale Transparence International France, la Suisse a toutefois réalisé de "réels efforts", notamment pour tenter de restituer les millions de dollars des ex-dictateurs haïtien et zaïrois, Jean-Claude Duvalier et Mobutu.

Mais il s’agit de cas "plus difficiles", a reconnu la ministre hélvétique. "Berne bute sur l’état de sa législation", confirme Daniel Lebègue, "c’est pourquoi elle vient de présenter un projet de loi novateur, qui crée une présomption d’illégitimité pour les avoirs mis à l’abri en Suisse par des dictateurs".

Ces dossiers concernent toutefois exclusivement des dirigeants décédés ou renversés. Pour ceux qui conservent le pouvoir, les choses sont encore plus compliquées.

Et la France ne fait pas figure de bon élève en la matière, déplorent plusieurs ONG.

"Pour nous, la France est un refuge pour les biens mal acquis détournés dans les pays d’Afrique francophone", affirme même un des porte-parole de la société civile gabonaise, Marc Ona Essangui.

En cause, l’affaire des somptueux avoirs immobiliers détenus dans l’Hexagone par des chefs d’Etat africains, dont le défunt président gabonais Omar Bongo, visés en vain par plusieurs plaintes déposées par des associations de lutte contre la corruption devant la justice française.

"Nous nous sommes heurtés à l’inertie du Parquet, car ces dossiers sont par nature extrêmement politiques", explique Me Bourdon, qui plaide pour que "le droit européen permette aux grandes associations anticorruption de se constituer partie civile pour mettre en mouvement l’action publique".

© AFP

Publié avec l’aimable autorisation de l’Agence France Presse.

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