Paradis fiscaux et judiciaires

L’affaire Karachi étendue à une "piste Chirac"

vendredi 25 novembre 2011

L’affaire Karachi étendue à une "piste Chirac"

PARIS (Reuters) - Les juges enquêtant sur une possible corruption en marge de contrats d’armement et de la présidentielle de 1995 ont obtenu l’élargissement de leur procédure à une nouvelle piste sur des réseaux présentés comme proches de l’ancien président Jacques Chirac, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.

Le parquet de Paris a accordé aux juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire le réquisitoire dit "supplétif" pour "abus de biens sociaux" qu’ils avaient demandé après l’apparition dans le dossier de nouvelles dépositions et de nouveaux éléments.

Ces éléments laissent penser que l’argent versé en marge de ces contrats d’armement, déjà supposé avoir financé la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, pourrait avoir ensuite alimenté ces supposés "réseaux Chirac" après l’accession du maire de Paris à l’Elysée la même année.

Vieille de 16 ans, cette affaire trouble la droite en réveillant de vieilles querelles. Le nom de Nicolas Sarkozy, à l’époque des faits ministre du Budget et porte-parole de la campagne Balladur, figure en procédure, dans un rapport de police luxembourgeois concernant la création de structures off shore liées à l’argent des marchés.

Le chef de l’Etat nie toute implication et a dit le 2 novembre dernier à propos de l’affaire : "Il ne sortira rien de tout cela et tout le monde le sait".

Les juges sont sur la piste d’un possible détournement de commissions légales convenues en marge de la vente de sous-marins au Pakistan (84 millions d’euros) et de frégates à l’Arabie saoudite (200 millions d’euros) dans les années 1990.

ENQUÊTE SUR BALLADUR

L’hypothèse est que le retour en France d’une partie de cet argent via des comptes off shore au Luxembourg et, in fine, des retraits d’espèces en Suisse, a été organisé.

Le magistrat a démontré que l’équivalent de trois millions d’euros en espèces, d’origine mystérieuse, avaient été versés aux comptes de la campagne d’Edouard Balladur en 1995.

Deux proches de Nicolas Sarkozy, Thierry Gaubert et Nicolas Bazire, ont été mis en examen. Des investigations de police ont été conduites sur le patrimoine d’Edouard Balladur, notamment l’achat d’une maison en Normandie.

L’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine, intervenu sur ces marchés et également mis en examen, a affirmé aux juges que le même système de retour de commissions avait été maintenu après l’élection de Jacques Chirac, mais au profit de personnes proches de l’ancien président.

Ziad Takieddine demande une nouvelle audition de Dominique de Villepin, ancien secrétaire général de l’Elysée (1995-2002) et ex-Premier ministre (2005-2007). Ce dernier, déjà entendu fin 2010, a alors expliqué que Jacques Chirac avait ordonné en 1995 l’arrêt du paiement des commissions suspectes.

Cette affaire est partie d’une autre procédure conduite par la justice antiterroriste sur un attentat commis en mai 2002 à Karachi au Pakistan et qui avait causé la mort de 11 ingénieurs et techniciens français de la Direction des constructions navales travaillant sur les sous-marins.

La piste islamiste initialement retenue a été abandonnée et celle qui est maintenant suivie est celle d’une vengeance ou d’une pression de militaires pakistanais liée à l’imbroglio sur le paiement des commissions.

A six mois de l’élection présidentielle, plusieurs enquêtes parallèles se développent sur plusieurs personnalités, comme l’ancien ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, soupçonné de s’être informé illégalement de l’avancée des investigations et d’en avoir averti son ami Thierry Gaubert.

Ce dernier vient d’être mis en examen pour "subornation de témoin" sur sa femme, Hélène de Yougoslavie, qui l’accuse d’avoir transporté des valises d’argent en 1994.

Enfin, l’ex-juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, premier juge chargé de l’affaire de l’attentat, est visé par une enquête pour "faux témoignage" déclenché par les familles de victimes qui le soupçonnent d’avoir occulté la piste financière.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

© REUTERS

Publié avec l’aimable autorisation de l’Agence Reuters.

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