Paradis fiscaux et judiciaires

Affaire Karachi : La piste de comptes en Suisse intéresse les juges

lundi 16 avril 2012

Affaire Karachi : La piste de comptes en Suisse intéresse les juges

Mis à jour le 14.04.12 à 12h20

Les juges qui enquêtent sur le volet financier de l’affaire Karachi tentent de démonter le circuit complexe des commissions sur des contrats d’armement qui, en passant par la Suisse, sont soupçonnées d’avoir financé la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire s’interrogent sur le transit dans une banque suisse, en avril 1995, d’une somme presque identique à celle versée en liquide le même mois sur le compte de campagne de l’ex-Premier ministre (1993-95), et dont l’origine demeure mystérieuse, selon des documents révélés pour certains par Mediapart et que l’AFP a consultés.

De nouveaux personnages dans la tentaculaire affaire Karachi

Au total, 10.250.000 francs avaient été déposés le 26 avril 1995 - trois jours après le premier tour de la présidentielle - sur ce compte de campagne, au Crédit du Nord. En 2010, Edouard Balladur avait affirmé que la somme provenait de la vente de gadgets et de dons lors de meetings. Pour l’heure, les commissions rogatoires adressées en Suisse n’ont pas permis de prouver que ces fonds étaient les mêmes, mais elles introduisent de nouveaux personnages dans la tentaculaire affaire Karachi.

Les juges font une hypothèse : des commissions - légales jusqu’en 2000 - générées par deux contrats d’armement scellés en 1994 avec l’Arabie saoudite et le Pakistan pourraient avoir contribué - via des rétrocommissions qui sont, elles, illégales - au financement de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur. Selon plusieurs témoins, le cabinet de François Léotard, alors ministre de la Défense, aurait imposé dans les derniers mois de la négociation du contrat Agosta avec le Pakistan un nouveau réseau d’intermédiaires, dont Ziad Takieddine et Abdulrahmane al-Assir, qui devaient empocher 4% du contrat, soit 33 millions d’euros. Ziad Takieddine, qui a toujours nié tout lien avec le contrat Agosta, a néanmoins été mis en examen par les juges, qui ignorent où se trouve Abdulrahmane Al-Assir.

A la demande des deux magistrats, le procureur de Genève Jean-Bernard Schmid a conduit cette année plusieurs auditions en Suisse pour retrouver la trace des commissions. Il a entendu le 2 février Khalil Hassan, ancien employé de la banque SCS Alliance, dont un des clients fut une personnalité koweïtienne, Cheikh Ibrahim Douaij al-Sabah. Dans cette déposition, que l’AFP a consultée, Khalil Hassan dit avoir rencontré, à l’occasion de ses contacts avec Cheikh al-Sabah, Abdulrahmane al-Assir ainsi qu’un certain Moustafa al-Joundi, qui selon lui travaillait pour Abdulrahmane Al-Assir. « A ma connaissance, les trois étaient amis », dit-il. « J’ignore pour quelle raison, selon ce que vous me dites, Cheikh al-Sabah aurait mis à disposition de Moustafa al-Joundi son compte auprès de SCS Alliance pour une opération de simple transit de 10.000.000 francs en avril 1995 », répond Khalil Hassan au procureur Schmid.

« Mercor facturait des commissions sur des contrats avec le Pakistan »

Le lien possible entre les commissions et le compte de Cheikh al-Sabah chez SCS Alliance (devenue en 2009 la Compagnie bancaire helvétique) est également fait par l’avocat suisse Hans-Ulrich Ming, entendu le 3 février par le procureur. Dans une déposition du 27 janvier 2011, cet avocat de Genève avait reconnu avoir créé, en 1994, pour Abdulrahmane al-Assir la structure offshore Mercor qui devait lui permettre de toucher les commissions sur Agosta. « Mercor Finance, de droit panaméen, était chapeautée par l’établissement liechtensteinois Rabor Anstalt », indique Me Ming dans sa déposition du 3 février. « Mercor facturait des commissions sur des contrats avec le Pakistan et Rabor avec l’Arabie saoudite ». « Al-Assir m’a instruit de verser une partie de ses commissions encaissées par Rabor au Liechtenstein sur un compte SCS Alliance à Genève », indique Me Ming, précisant que ce compte était au nom de Cheikh Ibrahim Douaij al-Sabah, « membre de la famille régnante koweïtienne ».

La déposition de Me Ming renseigne également sur les soupçons des enquêteurs sur Moustafa al-Joundi. « Vous relevez que, selon les investigations menées à ce jour, il apparaît que chacun des crédits de Rabor sur ce compte SCS Alliance en ont été immédiatement débités en liquide par une mise à disposition en faveur d’un certain Moustafa al-Joundi », déclare Me Ming au procureur Schmid.

© 2012 AFP


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