Paradis fiscaux et judiciaires

Karachi : l’enquête met au jour une caisse noire de l’ex-Parti républicain

samedi 6 avril 2013

Karachi : l’enquête met au jour une caisse noire de l’ex-Parti républicain

LE MONDE | 05.04.2013 à 11h58 • Mis à jour le 05.04.2013 à 12h13

Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Les dernières découvertes des juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, dans le volet financier de l’affaire de Karachi, révèlent l’existence, à la fin des années 1990, d’une "caisse noire" mise en place par les anciens dirigeants du Parti républicain (PR), notamment François Léotard. Au moins 40 millions de francs, qui seraient issus des ventes d’armes signées avec le Pakistan et l’Arabie saoudite par le gouvernement Balladur (1993-1995), dans lequel M. Léotard était ministre de la défense, auraient été détournés au profit du PR.

Ces nouvelles révélations sont apparues après que la Division nationale d’investigations financières et fiscales (DNIF) a ranimé une affaire déjà jugée, celle du Fondo. Cette banque italienne avait, en juin 1996, consenti au PR un prêt de 5 millions de francs, en échange d’une remise en espèces du même montant. L’enquête des juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky n’avait pas permis d’élucider la provenance exacte des fonds, ce qui n’avait pas empêché la condamnation pour "blanchiment" en 2004 de M. Léotard et de son bras droit, Renaud Donnedieu de Vabres. Le duo avait assuré que l’argent provenait des fonds spéciaux de Matignon.

DÉCLARATIONS EXPLOSIVES

[...] Cela est confirmé par un document confidentiel signé de M. Hauchart et aux mains des enquêteurs. Daté du 10 octobre 1995 et intitulé "Restructuration de la Compagnie U", comme UDF, mais relatif aux finances du PR, il indique que le parti "dispose d’une trésorerie de 40 millions de francs environ dont (il) n’a pas l’emploi immédiat". M. Hauchart, placé en garde à vue les 8 et 9 novembre 2012, a craqué. A l’issue de sa cinquième audition, il lâche : "J’ai décidé d’aller jusqu’au bout, quelles qu’en soient pour moi les conséquences." Il confirme que, "pour la somme de 40 millions, les propos de M. Mevel sont exacts".

Selon lui, "cette somme ne peut venir en aucune façon des fonds secrets (...). Il n’existe qu’une autre hypothèse, c’est la mobilisation de fonds d’une autre nature qui auraient été mis à la disposition du ministre de la défense François Léotard". "Par conséquent, l’hypothèse (...) concernant des commissions sur les contrats d’armement me paraît probable." Déterminé à tout dire, M. Hauchart estime même avoir été "trompé" par MM. Léotard et Donnedieu de Vabres – qui n’ont pas donné suite aux sollicitations du Monde : "Ils ont profité de l’amitié que je leur portais pour tenter de réaliser des opérations sans que j’en connaisse les tenants et les aboutissants." Il livre même des pistes pour permettre aux juges de retrouver la trace des 35 autres millions, qualifiés par lui d’"occultes ", qui auraient été blanchis.

L’une mène à la SBS, une banque suisse, dont un document saisi par la police montre qu’elle accorda, le 13 novembre 1996, un prêt de 12 millions de francs au nom de l’UDF, manifestement en contrepartie d’une remise équivalente en espèces. "C’est le chemin que j’avais expliqué à la SBS pour le prêt de 12 millions et c’est ce schéma que j’ai également utilisé auprès du Fondo", a confirmé M. Hauchart. L’ancien cadre du PR a aussi révélé avoir "été destinataire d’une information privilégiée qui faisait état d’un dépôt important dont le montant en francs français ne (lui)a pas été communiqué. Il s’agissait bien évidemment de fonds restant en dépôt au PR". "Dans mon souvenir, a-t-il indiqué, ce compte existait dans un établissement bancaire marocain", dont l’ayant droit était "une personne très proche de M. Donnedieu de Vabres". Questionné le 7 novembre 2012, l’ex-directeur financier du PR, Antoine de Menthon, a lui aussi assuré qu’il était "mathématiquement impossible" que les sommes en espèces détenues par le parti aient pu provenir des fonds spéciaux de Matignon.

S’agissant des 40 millions, il a confirmé que "les propos de M. Mevel (étaient) exacts", mais qu’à l’époque M. Donnedieu de Vabres n’avait "jamais évoqué que le PR avait un trésor de guerre de 40 millions de francs". Mais il s’est souvenu que l’"argent liquide ne pouvait pas être utilisé pour payer des factures car (il) ne pouvai(t) pas faire rentrer ces espèces dans la comptabilité".

Les juges s’intéressent aussi aux déplacements d’un ex-administrateur du Fondo, Jacques Bournazel, qui aurait touché 500 000 francs en tant qu’apporteur d’affaires pour le prêt de 5 millions de francs de juin 1996. M. Bournazel, qui nie toute malversation, s’est rendu à Genève en juin et septembre 1995. Des périodes où Ziad Takieddine, l’intermédiaire imposé dans les contrats d’armement par MM. Léotard et Donnedieu de Vabres, qui concentre les soupçons de rétrocommissions, se rendait aussi sur les bords du lac Léman...

Ces révélations crédibilisent les dires de l’ex-contrôleur général des armées Jean-Louis Porchier, qui a déclaré en 2009 aux juges à propos des rétrocommissions : "Il y en avait une partie pour la campagne électorale d’Edouard Balladur et une autre pour François Léotard." Lire la suite.


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