Paradis fiscaux et judiciaires

Un tramway nommé corruption

mardi 22 mai 2007

Un tramway nommé corruption

Société

La justice niçoise en apprend tous les jours sur les marchés truqués du futur tramway. Le PCF réclame la démission du maire (UMP) Jacques Peyrat.

Nice (Alpes-Maritimes),

correspondant régional.

Un événement rarissime s’est récemment produit dans la magistrature : une juge, vice-présidente du tribunal administratif de Nice chargée des collectivités locales et des marchés publics, a été mutée et rétrogradée. Parmi la dizaine de dossiers qu’elle avait traités, où la balance aurait curieusement penché en faveur des puissants, celui de l’un des marchés publics pour le futur tramway de Nice qui avait fait, voilà un an et demi, l’objet d’un recours déposé par l’élu socialiste Jean-François Knecht. Débouté en un temps record, ce conseiller général, élu à Nice, n’en a pas moins poursuivi ses investigations. En octobre dernier, et tandis que la chambre régionale des comptes bouclait son rapport sur le même sujet, il déposait avec Patrick Mottard, président du groupe socialiste municipal, une plainte au pénal pour « favoritisme et atteinte à la liberté d’accès et à l’égalité des candidats dans les marchés publics ».

Le 8 avril dernier, avant de suspendre la séance du conseil municipal pour les funérailles du pape ( !), c’est un Jacques Peyrat plutôt gêné aux entournures qui, un an après la condamnation à la prison pour corruption de son ancien bras droit administratif Michel Vialatte, vouait aux gémonies un « deuxième Judas », en l’occurrence le conseiller municipal et homme de confiance Dominique Monleau, alias Monsieur Tramway, mis en examen et incarcéré pour corruption avouée (l’Humanité du 11 avril 2005). Depuis, cinq mises en examen de cadres de la société Thales Engeneering & Consulting (TEC), qui aurait obtenu le « petit » marché (14 millions d’euros) de la maîtrise d’ouvrage contre un bakchich de 90 000 euros, sont venues épaissir le dossier d’instruction du juge Christian Guéry. Une première étape de l’enquête qui faisait dire au procureur Éric de Montgolfier que « les marchés publics sont apparemment le talon d’Achille de la municipalité et l’on peut se demander comment leur contrôle est assuré ». C’est la même question que s’est posée, en janvier dernier, la mission interministérielle d’inspection constituée par Nicolas Sarkozy, la veille de sa démission du ministère des Finances, auprès du chiraquien maire de Nice et président de la communauté d’agglomération Nice Côte d’Azur.

Pour Jean-François Knecht, cette mission d’enquête sur d’éventuels délits de favoritisme devrait aboutir aux mêmes conclusions que lui. À savoir que certains marchés ont été attribués dans des conditions extrêmement douteuses. Par la nouvelle plainte qu’il a déposée, la justice niçoise est informée, par exemple, « d’indices basiques de corruption » concernant le marché du matériel roulant (40 millions d’euros) ou celui du dépôt atelier du tramway dans la zone de Rouret au nord de Nice, et devra sans doute s’interroger sur le sérieux des arguments utilisés par la commission d’appels d’offres pour écarter la société allemande Obermayer. Petit exemple parmi d’autres de quelques magouillages présumés : une seule entreprise, parmi quatre postulant au marché de l’évacuation de 200 000 mètres cubes de déblais, aurait eu connaissance, trois jours avant l’ouverture des enveloppes, d’une délibération municipale offrant la gratuité de l’enfouissement dans un secteur de la plaine du Var.

Ainsi, « Nissa la Bella » semble replonger dans l’époque glauque et désastreuse pour son image du clanisme et du clientélisme à la Médecin. À une différence près : cette fois, la colère des Niçois, de l’ouvrier au bourgeois, est tellement palpable qu’elle en déborde (c’est dire !) jusque dans les colonnes de Nice-Matin. Contrairement aux années de plomb, le quotidien régional donne la parole aux citoyens et à l’opposition municipale qui demandent à Jacques Peyrat de démissionner, le PCF lançant à ce sujet une pétition sur les marchés depuis ce week-end.

Le maire, lui, a répondu par un doigt d’honneur à des citoyens et élus communistes qui l’interpellaient lors de l’inauguration d’une boutique tramway en leur conseillant « d’aller se faire voir chez Plumeau ». Le style, c’est l’homme...

Philippe Jérôme

Article paru dans l’édition du 25 avril 2005.

Publié avec l’aimable autorisation du journal l’Huamnité.

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