Paradis fiscaux et judiciaires

Un évêque arrêté dans une enquête sur la banque du Vatican

vendredi 28 juin 2013

Monde

Un évêque arrêté dans une enquête sur la banque du Vatican

28 juin 2013 à 10:10 (Mis à jour : 14:47)

La police financière s’intéresse au transfert de 20 millions d’euros en liquide de Suisse vers l’Italie.

Par AFP

Un prélat du Saint-Siège soupçonné de blanchiment d’argent et de corruption a été arrêté vendredi par la police italienne, dans le cadre d’une enquête plus vaste sur la banque du Vatican, l’IOR, dans la ligne de mire du pape François.

Mgr Nunzio Scarano, 61 ans, un prêtre qui a gagné le titre honorifique de « monseigneur » en raison de son ancienneté au Saint-Siège, travaillait à l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA), l’organisme qui gère les biens du Saint-Siège. Interrogé par l’AFP, le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, a indiqué que le prélat avait été suspendu « depuis environ un mois, quand ses supérieurs ont su qu’il était sous enquête ». Le Saint-Siège a aussi assuré la justice italienne de sa « pleine collaboration ».

Deux autres personnes ont été arrêtées dans cette affaire, un sous-officier membre des services de contre-espionnage italiens et un intermédiaire financier. Nello Rossi, procureur du parquet de Rome, a indiqué à la presse que les trois hommes avaient tenté de rapatrier depuis la Suisse 20 millions d’euros en espèces, « fruit d’une évasion fiscale », appartenant aux armateurs Paolo, Cesare et Maurizio D’Amico.

Le sous-officier, qui était chargé de rapatrier physiquement l’argent à bord d’un jet privé, a perçu un chèque de 400 000 euros provenant du compte de Mgr Scarano, selon le magistrat. La transaction n’est toutefois jamais arrivée à son terme en raison de disputes entre les trois hommes. Cette affaire n’est qu’un filon d’une enquête beaucoup plus vaste, qui avait été entamée en septembre 2010 sur le fonctionnement de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR).

La justice italienne soupçonnait à l’époque le président de l’IOR Ettore Gotti Tedeschi et le directeur général Paolo Cipriani de violation de la législation contre le blanchiment d’argent. Plus de 20 millions d’euros avaient été bloqués dans le cadre de cette enquête qui avait conduit, entre autres, au limogeage de la direction de l’IOR.

Scandales à répétition

Le pape Benoît XVI, puis son successeur François ont décidé de remettre de l’ordre dans l’IOR, nommant successivement de nouveaux responsables et instaurant des contrôles de plus en plus sévères pour cet institut tristement célèbre dans la péninsule en raison de son implication dans plusieurs scandales retentissants. Ces dernières années, le Vatican a ainsi mis en place une Autorité d’information financière (AIF), dirigée par un Suisse spécialiste de la lutte contre la blanchiment d’argent, qui supervise les opérations de l’IOR, et a nommé un nouveau président de la « banque des papes ».

Il y a deux jours à peine, le pape François, qui a été informé des développements de l’enquête ayant porté à l’arrestation de Mgr Scarano, a créé une commission dont l’objectif semble être de remettre définitivement au pas l’IOR. Même si officiellement cette commission doit lui permettre de « mieux connaître la position juridique et les activités » de l’IOR, le fait qu’elle ait été créée par un document écrit de sa main et qu’elle peut avoir accès à toute la documentation de l’institut, y compris celle couverte par le secret, démontre son intention d’instaurer plus de transparence dans les finances du Vatican.

L’IOR gère 19 000 comptes appartenant en majorité au clergé catholique. Le nouveau président de l’IOR, l’Allemand Ernst von Freyberg, nommé quelques jours avant la démission de l’ancien pape Benoît XVI, a entrepris de faire vérifier un par un les comptes de l’IOR par l’Agence américaine de consultants financiers Promontory.

Au fil des ans, des scandales retentissants ont entaché la réputation de l’IOR, des milieux criminels ayant profité de l’anonymat ou de prête-noms pour y blanchir leurs fonds. Le plus important avait été en 1982 la faillite du Banco Ambrosiano, un scandale bancaire qui mêlait CIA et loge maçonnique. L’affaire Enimont (1993) de pots-de-vin à des partis politiques italiens a aussi éclaboussé l’IOR, et plus récemment, le tribunal de Rome a détecté des cas de blanchiment d’argent mafieux à travers les arcanes de la banque.


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