Paradis fiscaux et judiciaires

L’oligarque kazakh Abliazov placé en détention en France

jeudi 1er août 2013

L’oligarque kazakh Abliazov placé en détention en France

jeudi 1 août 2013 13h53

par Jean-François Rosnoblet

AIX-EN-PROVENCE, Bouches-du-Rhône, 31 juillet (Reuters) - L ’ancien ministre et oligarque kazakh Moukhtar Abliazov, poursuivi dans son pays pour détournement de fonds, a été placé jeudi en détention provisoire par un juge français en attendant son éventuelle extradition vers l’Ukraine, a annoncé son avocat.

Moukhtar Abliazov, 50 ans, qui a fui son pays lorsque sa banque, BTA, a été nationalisée et déclarée en faillite en 2009, avait été arrêté mercredi près de Cannes.

Accusé d’avoir détourné six milliards de dollars, il s’était réfugié en Grande-Bretagne mais a fui l’an dernier ce pays où il a été condamné à 22 mois de prison pour outrage à magistrat.

"Abliazov a été placé en détention provisoire", a déclaré son avocat Bruno Rebstock après son audition par un magistrat de la cour d’appel d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Ce juge a estimé que Moukhtar Abliazov ne présentait pas suffisamment de garanties pour être laissé en liberté en attendant la décision sur son extradition.

"La demande d’extradition émane de l’Ukraine, mais on sait pertinemment que derrière ce pays c’est le Kazakhstan qui est à l’affût. C’est une demande d’extradition à caractère purement politique", a ajouté l’avocat en précisant qu’il déposerait dans les prochains jours une demande de remise en liberté.

Le procureur général du Kazakhstan, qui dit avoir été informé par Interpol de l’arrestation, a précisé que Moukhtar Abliazov était accusé dans son pays d’avoir "créé un groupe criminel qui a détourné de la banque BTA plus de 5 milliards de dollars et de blanchiment d’argent sale".

UNE MANOEUVRE POLITIQUE ?

Il appartient désormais à l’Ukraine, qui dispose d’un délai de 40 jours à compter de l’arrestation, de fournir les pièces du dossier d’extradition. La chambre d’instruction de la cour d’appel d’Aix-en-provence émettra ensuite un avis avant que le gouvernement français prenne ou non un décret d’expulsion. Cette décision peut ensuite être contestée devant le Conseil d’Etat.

Dans un communiqué, Madina et Madiyar Abliazov, ses filles, ont "supplié" la France de ne pas extrader leur père qui, selon elles, a été "emprisonné, torturé et plusieurs fois la cible de tentatives d’assassinat" en raison de son opposition au pouvoir.

Un avocat de la famille a expliqué pourquoi la demande émanait de l’Ukraine.

"La demande d’extradition émane de l’Ukraine, pays ami, car le Kazakhstan a très mauvaise presse depuis qu’il a obtenu l’expulsion de son épouse (d’Abliazov-NDLR) au motif qu’elle avait un faux passeport", a dit Charles de Bavier à Reuters.

Moukhtar Abliazov fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par la Russie pour fraude à grande échelle, atteinte à la propriété par tromperie ou abus de confiance, et blanchiment, notamment.

De source proche du dossier, on souligne que l’Ukraine a été choisie car la banque BTA y avait d’importants intérêts. Il n’y a en revanche pas de convention d’extradition entre la France et le Kazakhstan et les éléments du dossier côté russe feraient l’objet de mesures de prescription.

GROS MOYENS POLICIERS

Abliazov, qui a résidé en Russie entre 2003 et 2005, figurait sur une "note rouge" d’Interpol.

Selon Charles de Blavier, il a été arrêté dans le village de Mouans-Sartoux "par une vingtaine de policiers qui n’ont pas hésité à faire irruption dans sa villa, encagoulés et armés".

"Les moyens déployés pour son arrestation ont été disproportionnés", a renchéri Bruno Rebstock. "La sécurité civile a même fourni un hélicoptère pour retrouver au bord d’une piscine un homme et deux femmes sans armes"."

L’oligarque affirme que sa vie est menacée depuis qu’il a quitté le Kazakhstan et que sa sécurité n’est pas garantie en cas de détention dans une prison britannique.

L’un des fils d’Abliazov a expliqué dans un courrier électronique que son père se trouvait légalement sur la Côte d’Azur et a accusé le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev de mener une "vendetta personnelle".

Abliatov a expliqué que ses relations avec Nazabaïev se sont détériorées lorsqu’il a commencé à faire campagne pour un changement de gouvernement dans son pays.

Ancien ministre, Abliazov avait été emprisonné en 2002, une année après la fondation de son parti d’opposition visant à dénoncer le régime autoritaire de Nazarbaïev.

Fin mai, son épouse Alma Chalabaieva et leur fillette de six ans ont été expulsées d’Italie vers le Kazakhstan, dans des conditions qui ont déclenché une crise politique à Rome.

(voir : ) (Avec Philippe Laurenson à Aix, Raushan Nurshayeva à Astana et Kirstin Ridley à Londres, édité par Yves Clarisse)

© Thomson Reuters 2013


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