Paradis fiscaux et judiciaires

La Lettonie se défend d’être un paradis fiscal en devenir

jeudi 1er août 2013

La Lettonie se défend d’être un paradis fiscal en devenir

Publié le 31.07.2013, 17h53

La Lettonie, candidate à rejoindre la zone euro en janvier 2014, défend sa réputation contre les soupçons qu’elle puisse devenir un nouveau paradis fiscal ou plaque tournante du blanchiment d’argent.
Le Premier ministre Valdis Dombrovskis a catégoriquement nié que cette ex-république soviétique ait l’étoffe d’un havre fiscal à l’instar de Chypre, avec ses importants dépôts russes.
Le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne ont toutefois mis en garde Riga contre les risques que présentent les niveaux élevés de dépôts des non résidents (DRN) dans treize banques locales, classées comme "orientées vers le service du client étranger".

A quelques mois de l’adhésion à l’euro, les montants des DRN et des fonds étrangers ne cessent de croître et passent souvent entre les mailles de la surveillance du secteur financier, selon les experts.
Les DRN ont augmenté de 17% en 2012 et de 5% au premier trimestre de 2013, accumulant au total 9 milliards d’euros, soit environ la moitié de tous les dépôts dans les banques lettones et l’équivalent de 40% du PIB de ce pays balte, selon la Commission lettone de contrôle financier (FKTK). Le FMI estime que 90% de ces DRN viennent de Russie et d’autres pays de la CEI.
En comparaison, Chypre a attiré environ 22 milliards d’euros en DRN, ce qui représente environ 140% du PIB de l’île, selon la FKTK qui insiste sur le peu d’argent russe transféré de Chypre vers la Lettonie durant la crise.
Cependant, outre la possibilité d’ouvrir des comptes de non-résidents, les banques lettones servent d’intermédiaires pour des transferts d’argent, moyennant 10 à 20 dollars par transaction.
Le régulateur "applique des règles de prudence plus strictes sur les banques qui se livrent à cette activité, en particulier en matière de liquidité", estime Alexander Lehmann, économiste à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).
Mais, selon Daniel Hall de l’agence d’enquête Focus basé à Londres, le système n’est pas étanche.
"La Lettonie n’est pas une destination offshore. Elle est un intermédiaire financier. La Lettonie est un pont très pratique entre l’Est et l’Ouest, où des sociétés étrangères viennent faire leurs opérations bancaires", déclare M. Hall à l’AFP.
Selon Inga Springe du Centre balte de journalistes d’investigation Baltica, depuis le milieu des années 90, des entreprises utilisant des intermédiaires lettons pour cacher l’identité des véritables propriétaires sont monnaie courante dans ce pays.
"Ils embauchent des Lettons comme des personnes interposées, ce qui explique pourquoi un nom comme Eriks Vanagels réapparaît constamment dans les documents. Or quelqu’un comme Vanagels semble être juste un retraité qui a vendu sa signature", indique-t-elle à l’AFP.
Le chef du régulateur financier de Lettonie, Kristaps Zakulis, affirme pour sa part que Riga ne peut être tenu pour responsable de fraudes qui ont leurs origines et qui aboutissent ailleurs.
Si des entreprises avec procurations lettones "fonctionnent dans une zone britannique, c’est une affaire du gouvernement britannique", déclare-t-il à l’AFP. Selon lui, il y a "trop de spéculations et trop peu de statistiques à la preuve".
Scandale Magnitski ?
Mais le secret autour d’une décision récente de la FKTK, infligeant une amende à une banque lettone pour possible blanchiment d’argent en rapport présumé avec le scandale Magnitski en Russie, pourrait mettre en doute les assurances sur la transparence du secteur bancaire.
Sergueï Magnitski, juriste russe devenu un symbole de la lutte contre la corruption endémique en Russie, avait été arrêté en 2008 après avoir dénoncé une vaste machination financière de 5,4 milliards de roubles (130 millions d’euros) ourdie, selon lui, par des responsables de la police et du fisc au détriment de son employeur ainsi que de l’Etat russe. Il est décédé en 2009.
En juillet, un tribunal de Moscou l’a condamné à titre posthume pour évasion fiscale.
Selon Baltica, le FKTK a infligé l’amende à l’une des six banques lettones faisant l’objet d’une enquête sur le blanchiment d’argent liée à l’affaire Magnitski. Le nom de la banque n’a jamais été révélé.
Ce pays balte de 2 millions d’habitants, membre de l’UE et de l’OTAN depuis 2004, propose aussi un permis de séjour de cinq ans aux étrangers qui achètent des biens pour au moins 50.000 lats (71.000 euros).
La majorité des 6.000 requêtes enregistrées jusqu’en mai ont été faites par les Russes et d’autres citoyens de la CEI. Pratiquement toutes ont été acceptées.

AFP


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