Paradis fiscaux et judiciaires

Un témoignage éclaire les dessous des ventes d’armes à l’Angola

dimanche 1er juin 2003

Angola : À FLEUR DE PRESSE : Françafrique

Le Monde, Un témoignage éclaire les dessous des ventes d’armes à l’Angola, 23/04 (Fabrice LHOMME) :
« Jean-Bernard Curial, 64 ans, était responsable de l’Afrique australe au Parti socialiste dans les années 1980. Militant tiers-mondiste de longue date, il est familier de nombreux dirigeants de cette région du continent noir [...]. Au début des années 1990, [...] il devint [...] l’administrateur du Stired, une centrale d’achat à vocation humanitaire : cette structure était chargée d’exécuter les commandes du Quai d’Orsay ou d’autres ministères, en livrant aux anciens compagnons de lutte de M. Curial des produits alimentaires ou pharmaceutiques [...].

“En avril 1993, Luanda était encerclée, le président Dos Santos m’a fait appeler [...]. Il m’a demandé d’intervenir [...] pour que la France aide l’Angola, notamment sur le plan militaire. [...] J’ai rencontré Jean-Christophe Mitterrand, [...] qui m’a mis en contact avec Pierre Falcone [...].” [...] En novembre 1993, un contrat est signé à Paris prévoyant la livraison à l’Angola, par l’intermédiaire de MM. Falcone et Gaydamak, de 47 millions de dollars d’armes provenant notamment de l’ex-URSS. Un avenant signé en avril 1994 porta ce contrat au montant astronomique de 463 millions de dollars. De son côté, M. Curial fut chargé de l’aide humanitaire (vivres, médicaments... ).

[...] “[J’ai cessé] de participer à l’exécution de ce contrat à partir de 1995 quand j’ai compris que c’était une gigantesque escroquerie. [...] Le prix était exorbitant. Sur certains produits, [les experts angolais] m’ont dit qu’il y avait une culbute de 7”. Selon lui, MM. Falcone et Gaydamak auraient créé, avec la complicité des dirigeants angolais, “une vaste pompe à fric. [...] M. Jack Sigolet de Elf m’avait dit que [le secrétaire du Conseil des ministres] M. Leitao ‘croquait énormément’. Je crois même que c’est lui qui lui avait donné le surnom de ‘30’, ce qui signifiait 30 % [...], à l’inverse de Elisio de Figueiredo [ambassadeur itinérant], qui était ‘M. 20 %’.” »

Cette confession instructive vient confirmer que l’Angolagate dépasse de loin une simple affaire de livraisons d’armes et de marchandises. Dans certains cas, ces livraisons représentaient à peine 15 % de l’argent reçu par les deux compères Falcone et Gaydamak. L’offshore angolais était une énorme blanchisseuse de “black” entre les compagnies pétrolières, le gouvernement angolais, les réseaux de pouvoir en France, aux États-Unis, en Russie, etc.).

Ce cas d’école rappelle que le pillage des richesses africaines par les pays du Nord ne peut se faire qu’avec la complicité boulimique de certains “décideurs” africains. L’on voit par ailleurs surgir avec intérêt l’une de ces nombreuses sociétés interfaces entre l’État français et l’Afrique (Stired), dont la limpidité comptable et fiscale n’est pas toujours la priorité.

Dans un article du même journaliste, le même jour, Jean-Bernard Curial donne des exemples de relations directes entre Pierre Falcone et Charles Pasqua - alors que ce dernier a toujours nié de telles relations : « Je ne le connais pas. »

Le Monde, Pourquoi le juge Courroye veut incarcérer Jean-Charles Marchiani, 12/05 (Fabrice LHOMME) :
« Le 29 avril, les autorités françaises ont transis au Parlement européen une nouvelle demande [la quatrième !] du juge Philippe Courroye visant à obtenir la levée de l’immunité parlementaire du député européen (RPF). [...]

Selon M. Courroye, [... l’audition d’un témoin, l’intermédiaire Yves Manuel, a] “mis en lumière de graves agissements imputables à M. Marchiani pour perturber le déroulement des investigations”. Ce dernier aurait, en décembre 1996, alerté la société Brenco [de Pierre Falcone] de l’imminence d’une perquisition fiscale. Rappelant que M. Marchiani était à l’époque préfet du Var, le juge souligne que “ce haut fonctionnaire a donc utilisé des informations obtenues dans le cadre des ses fonctions [...] facilitant ainsi la destruction et la disparition de documents utiles aux enquêtes fiscales et pénales”. [...] “L’information a permis d’établir que Jean-Charles Marchiani a perçu [de Brenco], directement ou indirectement, la somme globale de 3,5 millions de dollars et 3,29 millions de francs”. »

L’« intouchable » abusait de son impunité. Jusques à quand ?

Extrait de Billets d’Afrique et d’Ailleurs N°115 - Juin 2003 -

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Publié avec l’aimable autorisation de l’Association Survie.

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