Paradis fiscaux et judiciaires

Le financement du génocide au Rwanda en 1994

vendredi 1er septembre 2000

Le vol de l’été se poursuit

N° 192 - septembre 2000

Le financement du génocide au Rwanda en 1994

Michel Chossudovsky

L’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) vient de rendre public le rapport d’enquête du Groupe International d’Éminentes Personnalités sur le génocide au Rwanda en 1994. Le rapport demande à la communauté internationale d’accorder des réparations financières au Rwanda, estimant que les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies « savaient qu’une grande catastrophe était imminente, que cette catastrophe pouvait...être évitée grâce à un effort militaire modeste... Pourtant, rien n’a été fait... »

L’enquête de l’OUA évite néanmoins d’aborder une question de fonds.

Qui a financé le génocide ? Suite au « feu vert » donné par le FMI en novembre 1990, l’armée rwandaise se gonfla en un éclair, ses effectifs passant de 5 000 hommes à 40 000 ce qui, malgré l’austérité budgétaire, supposait l’afflux de financement extérieur. De jeunes délinquants, produits d’une société appauvrie, furent enrôlés par milliers dans les milices Interhamwe responsables des massacres.

En 1997, l’auteur et l’économiste belge Pierre Galand furent chargés par le gouvernement rwandais (sous les auspices des Nations Unies) d’examiner les différents mécanismes de détournement de fonds en faveur du ministère de la Défense et des milices Interhamwe.1

Une partie des achats d’armes fut négociée en dehors des protocoles d’aide militaire par l’entremise de divers intermédiaires.

Certains de ces achats apparaissaient néanmoins dans le budget ordinaire de l’État. Le détournement de l’aide internationale (dont une partie importante était sous la gestion de la Banque mondiale) constituait le principal instrument de financement du budget militaire.

Selon les données de la Banque nationale du Rwanda (BNR), des quantités énormes de machettes furent importées en provenance de Chine.

Ces détournements de fonds (connus des bailleurs) n’avaient guère modifié l’engagement des institutions financières internationales et des pays occidentaux (dont les États-Unis, le Canada, la Belgique et la Suisse) auprès du gouvernement Habyarimana. Ces importations de matériel militaire et de machettes semblent également avoir échappé aux missions de vérification de la Banque mondiale. Le compte spécial du gouvernement à la Banque Bruxelles Lambert resta ouvert et disponible à l’ancien régime plus d’un mois après le début du génocide en avril 1994.

1. Michel Chossudovsky et Pierre Galand, L’usage de la dette extérieure du Rwanda, 1990-1994, la responsabilité des bailleurs de fonds, RWA/95/005, Réhabilitation des capacités de gestion de l’économie (Cage), Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Ottawa et Bruxelles, 1997, 38 p.

Source L’Autrjournal.


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