Paradis fiscaux et judiciaires

Proglio dans les poubelles Guérini

lundi 13 janvier 2014

Proglio dans les poubelles Guérini

Le juge marseillais Charles Duchaine poursuit méthodiquement son travail de tri dans le dossier Guérini. Et pour cause : il est beaucoup question d’ordures dans cette affaire. Ainsi le 18 décembre, sans faire de bruit, le magistrat a mis en examen Denis Gasquet, l’actuel pédégé d’Onet, un groupe spécialisé dans le nettoyage.

C’est au titre de ses précédentes fonctions de patron de Véolia Propreté que ce polytechnicien est soupçonné de trafic d’influence et de détournements de fonds publics. C’est lui qui a acheté, au prix exorbitant de 33,5 millions d’euros, la SMA-Somedis, une PME spécialisée dans le stockage des déchets, contrôlée par Alexandre Guérini, frère cadet de Jean-Noël, sénateur et président du conseil général des Bouches-du-Rhône. D’intermédiaire en intermédiaire, de banques du Luxembourg en coffres-forts suisses, une partie de ce pactole a échoué – en liquide ! - dans les poches d’Alexandre Guérini.

Ordures à recycler

La mise en examen de Gasquet annonce un prochain tournant, plus important encore : l’audition d’Henri Proglio. L’actuel pédégé d’EDF était en effet numéro 1 de Véolia au moment des faits. Le magistrat lui tourne de plus en plus autour. Ainsi, le 29 octobre au matin, c’est en toute discrétion que Duchaine, flanqué d’une demie-douzaine de gendarmes, a mené lui-même une perquisition au siège de Véolia, avenue Kléber, à Paris. L’équipage s’est ensuite rendu en banlieue, là où sont entreposées les archives du groupe industriel. Le juge a regagné son cabinet, au palais de justice de Marseille, les valises lestées de documents en tout genre de nature à l’éclairer sur le rôle exact de Proglio dans l’achat de la SMA.

Duchaine dispose également de plusieurs témoignages sur le sujet. En particulier celui d’un dénommé Bruno Vincent. Interrogé, fin juin 2013, par les gendarmes de la section de recherche de Marseille, ce retraité a expliqué avoir été l’homme de confiance de Denis Gasquet. A la fin de 1999, il est « convoqué » dans le bureau de son patron. Surprise : Alexandre Guérini l’y attend. Vincent raconte : « M. Gasquet m’a demandé de négocier les conditions d’acquisition de la société Somedis », propriété d’Alexandre Guérini. Cette rencontre aboutit, le 13 décembre 2000, à la signature d’un « protocole d’accord » de 24 pages.
Le prix de la cession se décompose en deux sommes. Une première, « fixe, forfaitaire et définitive », d’un montant de 6 860 206 euros. Et une seconde, « conditionnelle » d’un montant de 26 544 404 euros, payable après l’obtention de l’autorisation administrative pour l’extension du site d’enfouissement des déchets. Cette autorisation préfectorale interviendra près de deux ans plus tard, le 16 septembre 2002. Un miracle administratif.

Au cours de cette même audition, Vincent explique que, à Véolia, « pour toute acquisition supérieure à 10 millions », un expert rédige « un rapport ». C’est sur la foi de ce document qu’ « un comité d’investissement présidé par Henri Proglio » tranche et signe, ou non le gros chèque. Le patron de Véolia ne s’est pas fait prier.
On le comprend : on ne peut rien refuser à un « ami ». Mieux : à un « frère ». En effet, le 30 novembre 2010, lors de sa première garde à vue, Alexandre Guérini définissait ainsi ses relations avec l’actuel pédégé d’EDF : « Henri Proglio est mon ami de vingt et un ans. Il m’a témoigné dans les moments les plus difficiles de ma vie l’affection et la solidarité d’un frère désintéressé. »

Le juge Duchaine ne semble pas être ému par les vraies belles histoires d’amitié...

Didier Hassoux

Le Canard Enchaîné – mercredi 8 janvier 2014 – page 3.


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