Paradis fiscaux et judiciaires

Les encombrantes frégates de Donnedieu de Vabres

jeudi 24 mai 2007

Les encombrantes frégates de Donnedieu de Vabres

Libération, mercredi 15 mai 2002

Par Karl LASKE

Il a joué un rôle-clé dans la négociation du contrat franco-saoudien en 1994.

En plus de sa mise en examen pour blanchiment, Donnedieu de Vabres traîne un boulet autrement plus lourd : les commissions versées lors de la vente par la France de deux frégates à l’Arabie Saoudite.

S’il n’avait que sa mise en examen pour blanchiment, Renaud Donnedieu de Vabres pourrait sans doute dormir tranquille. S’abriter derrière l’éternelle difficulté de financement des partis politiques. Comme ses coaccusés, il a certifié à la justice que l’argent incriminé provenait des « fonds spéciaux » du gouvernement. Ce sera sa ligne de défense le jour où il comparaîtra devant le tribunal correctionnel. Mais le nouveau ministre délégué aux Affaires européennes, proche collaborateur de François Léotard depuis 1986, traîne un boulet autrement plus lourd : la vente par la France de deux frégates Lafayette à l’Arabie Saoudite. Un dossier d’Etat qu’il a géré personnellement lorsqu’il était chargé de mission au cabinet de Léotard, ministre de la Défense, d’avril 1993 à janvier 1995. Ce contrat signé en novembre 1994, évalué à 20 milliards de francs (28 milliards avec une troisième frégate non prévue dans le contrat d’origine), a provoqué l’indignation des hauts fonctionnaires qui ont eu à le connaître tant au ministère de la Défense qu’à Bercy. Ainsi que l’a révélé Libération (1), il a conduit Jacques Chirac à remettre en cause, dès son élection en 1995, les rémunérations promises aux intermédiaires.

Commissions. Les commissions prévues s’élevaient à 20 % du marché : plus de 5 milliards de francs. Déduction faite de la part revenant aux autorités saoudiennes (10 % en moyenne), et de la rémunération à hauteur de 2 % de l’office d’Etat chargé du marché ú la Société française de matériels avancés, Sofresa ú, les intermédiaires devaient encaisser 8 % du montant du contrat. Soit 2,2 milliards, encaissables au fur et à mesure de l’assemblage et de la livraison. Plus de cinq fois le montant habituel. Ali ben Moussalam, homme d’affaires saoudien plutôt versé dans l’hôtellerie de luxe, et ses deux associés libanais obtiennent en prime une exclusivité de cinq ans sur les futurs contrats. Du jamais vu. Dès 1995, le gouvernement Juppé est chargé du nettoyage en concertation avec le prince-sultan Ibn Abdulaziz, ministre de la Défense saoudien. Le patron de la Sofresa est remplacé, et en juillet 1996 Chirac évoque lui-même la question avec le roi Fahd. Le contrat original des intermédiaires est détruit peu après, dans une banque suisse, par le nouveau patron de la Sofresa, Pierre Mazens. La menace d’un procès est brandie, puis abandonnée.

Dans la tourmente, l’ampleur des négociations conduites par l’équipe Léotard et Renaud Donnedieu de Vabres apparaît un peu plus au grand jour. Le ministre de la Défense a lui-même rencontré à neuf reprises les intermédiaires, quand seul l’office de l’Etat est théoriquement mandaté pour le faire. Selon plusieurs hauts fonctionnaires, Donnedieu de Vabres, simple chargé de mission au cabinet, avait « écarté le directeur des relations internationales du ministère et le directeur général de l’armement ». « Il allait à Riyad seul, a témoigné l’un d’eux. Cela n’était jamais arrivé au ministère de la Défense. »

Soupçons. Début 1995, quand Donnedieu intègre l’équipe de campagne d’Edouard Balladur, il garde le contact avec Ali ben Moussalam, qu’il rencontre en mars et en avril à l’hôtel Prince-de-Galles. Le clan Chirac soupçonne logiquement l’équipe Balladur d’avoir fait de ces intermédiaires des sponsors pour la présidentielle. Ou des sponsors tout court. Les juges, en tout cas, n’ont pas trouvé trace de ces hommes en enquêtant sur les 5 millions de francs blanchis du Fondo.

(1) Libération du 3 août 2001 : Renaud Donnedieu de Vabres n’avait alors pas souhaité répondre à nos questions et n’avait apporté aucun commentaire après cette publication.

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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