Paradis fiscaux et judiciaires

Ces « fonds vautours » qui planent sur les Etats pauvres

vendredi 25 mai 2007

Finance. Les pays riches s’alarment du nombre croissant des traqueurs de dettes.

Ces « fonds vautours » qui planent sur les Etats pauvres

Par Christophe ALIX

QUOTIDIEN : vendredi 25 mai 2007

Il y a des financiers qui ne lâchent jamais leurs proies. Les quarante PPTE ou pays pauvres et très endettés sont de plus en plus souvent menacés par des « fonds vautours » prêts à tout pour fondre sur leur moindre richesse. Un phénomène suffisamment grave pour que le Club de Paris, qui réunit les riches pays créanciers, s’en inquiète publiquement mercredi. « L’attention du public a récemment été attirée sur l’action de créanciers qui mettent en oeuvre des stratégies contentieuses à l’égard des PPTE », souligne dans un langage diplomatique le Club de Paris. De fait, les pays riches tirent la sonnette d’alarme face à la recrudescence de ces traqueurs de dettes souvent domiciliés dans les paradis fiscaux et qui n’hésitent pas à faire les poches des Etats.

Saisies. Au nombre de quarante-cinq environ, ces fonds sont souvent de petites structures très consommatrices d’honoraires d’avocats et dont le modèle consiste à acheter à des prix décotés des créances à l’abandon. Créances qu’elles font ensuite valoir devant les tribunaux pour obtenir leur paiement via des saisies sur des actifs (comptes en banque, avoirs financiers) à l’étranger. C’est ainsi que le fonds Donegal International a racheté en 1999, pour 3,2 millions de dollars, une dette de 55 millions de dollars contractée en 1979 par la Zambie à l’égard de la Roumanie pour l’achat de tracteurs. Traduite en justice devant la Haute Cour de Londres, la Zambie a été récemment condamnée à payer 17,5 millions de dollars à Donegal. Si le phénomène n’est pas neuf ­ en 2000, le Pérou avait dû acquitter une dette de 55 millions de dollars rachetée pour 11 millions par un « fonds vautour » ­, il se généralise avec les annulations de dette consenties par les pays riches et les bailleurs internationaux (FMI, Banque mondiale). La Zambie a vu sa dette réduite de 95 % par le Club de Paris, ce qui l’a rendue plus solvable aux yeux de la justice britannique, qui du coup s’est montrée plus réceptive aux demandes de ses créanciers.

Le G8 et le Club de Paris veulent donc stopper des pratiques qui reviennent à enrichir des fonds peu scrupuleux en profitant des efforts financiers des pays riches. Une pratique perverse dite du « passager clandestin », consistant à monter dans l’avion du désendettement pour mieux exiger le paiement de créances à première vue modestes ­ 2 milliards de dollars exigés par les fonds vautours ­ au regard de celles qui ont déjà été annulées par le Club de Paris ­ 42 milliards de dollars.

Cri. « Les conséquences sont désastreuses , analyse un spécialiste du désendettement, cela ruine les logiques coopératives mises en place avec ces pays, les incite à planquer leurs ressources, et compromet les objectifs de lutte contre la pauvreté. » Si les solutions seront difficiles à mettre en place, le Club de Paris ne désespère pas que son cri d’alarme dissuade certains prêteurs de revendre leurs créances à ces fonds vautours. « Naming and shaming » (« nommer et mettre la honte »), disent les Anglais.

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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