Paradis fiscaux et judiciaires

L’alphabet du profit bancaire

mardi 29 mai 2007

L’alphabet du profit bancaire

Le financement des pays pétroliers torturés par des dictatures et/ou des guerres civiles s’avère une excellente affaire, expliquent ingénument deux professionnels de Paribas, Matthieu Lacaze et Emmanuel de Lutzel, dans Banque Magazine de septembre 2003.

L’image de ces pays est tellement dégradée que les risques y semblent très élevés, et par conséquent les taux pratiqués. Mais les gisements pétroliers sont parfaitement tenus par le complexe militaro-pétrolier occidental : « L’Angola vient de connaître vingt-sept ans de guerre au cours desquels pas une seule goutte de pétrole n’a manqué dans les contrats export. » L’or noir fait « intervenir des intérêts si importants » qu’il « est surveillé de très près par les gouvernements et les majors : en conséquence, ces pressions entraînent une bonne performance des acteurs et un faible taux de défaut. »

C’est « un marché dont les risques sont inférieurs à ceux du crédit à la consommation. » « Le rating1 moyen des pays emprunteurs est proche de BB-, alors […] que les pertes furent en ligne avec un portefeuille de type AAA. Que dire de mieux que de prendre du risque AAA rémunéré BB- ! » C’est effectivement le Pérou pour « le faible nombre de banques opérant sur ce marché » !

Rappelons qu’en Afrique et ailleurs, la banque Paribas a été, avec le courtier Glencore, à la pointe des montages sophistiqués d’évasion de l’argent du pétrole.

Le vendeur d’armes Pierre Falcone, protégé par la DST et la CIA, « avait une lettre officielle le nommant mandataire, lui donnant donc le droit […] de gérer le compte angolais en France, ouvert à Paribas », expliquait Jean-Christophe Mitterrand (L’autre Afrique, 14/11/2001).

Arcadi Gaydamak, le compère de Falcone dans l’Angolagate, protégé par le FSB russe (ex-KGB), le Mossad israélien et la DST, décerne la palme à l’absorbée de la BNP : « Paribas est la principale banque au monde pour les préfinancements pétroliers. » (Libération, 06/03/2001). Il fallait pour cela être agréé « Secret Défense » par les services secrets des pays du G7, qu’a rejoint la Russie dans le G8.

Le pétrole, c’est la guerre. Il est lié depuis toujours aux covert actions, aux manœuvres subversives et aux "coups tordus" que le Congrès américain avait, à l’origine, formellement interdits lors de la création de la CIA - au début de la Guerre froide. Tout cela nécessite énormément d’"argent noir", hors budgets légaux, hors circuits financiers officiels.

C’est l’une des raisons de l’essor extraordinaire des paradis fiscaux, sous la tutelle des grandes puissances occidentales, notamment de la place financière de Luxembourg.

De richissimes marchands d’armes et acrobates de la finance offshore, comme Henry Leir et son héritier Nadhmi Auchi, y ont conçu, avec la Mafia italienne et la CIA, la gigantesque "coopérative" bancaire Clearstream.

Les plus grandes banques y croisent leurs flux. Clearstream a abrité la plupart des grands scandales financiers de la fin du XXe siècle, tel celui de la BCCI, reliant l’énorme rente pétrolière saoudienne au narcotrafic. Auchi était très proche d’Elf et du réseau Pasqua, animateur de la Françafrique prédatrice des matières premières africaines.

Comme l’a montré le livre Révélation$ d’Ernest Backes et Denis Robert (Les arènes, 2001), la moitié des comptes des "coopérateurs" de Clearstream sont non déclarés, dans les paradis fiscaux - par où passe désormais la moitié des flux financiers internationaux. Ainsi, les plus grandes banques ont aujourd’hui un pied dans la légalité du pays de leur siège, et un pied dans les « mondes sans loi », ces paradis fiscaux où l’on met aux enchères le vol et la ruine de l’argent public, en même temps que l’exonération des contraintes sociales et environnementales.

Ainsi va la « distinction » financière, pour employer un langage bourdieusien. Paribas et ses consœurs de la World Company s’organisent pour être AAA, à l’ombre des barbouzes et des canons, enfonçant progressivement dans la catégorie BB- le reste de l’humanité - à commencer par sa partie Sud. Celle du Nord ne comprend pas encore… [FXV]

1. Cotation de la solvabilité par les agences spécialisées, en partant de AAA+ pour le risque quasi-nul.

Extrait de Billets d’Afrique et d’Ailleurs N°119 - Novembre 1999 -

Billets d’Afrique et d’Ailleurs est la revue mensuelle éditée par Survie.

Publié avec l’aimable autorisation de l’Association Survie.

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