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La justice autorise l’extradition de l’oligarque kazakh déchu Moukhtar Abliazov

samedi 25 octobre 2014

La justice autorise l’extradition de l’oligarque kazakh déchu Moukhtar Abliazov

AFP - Publié le 24/10/2014 à 18:28

La cour d’appel de Lyon a autorisé vendredi l’extradition vers la Russie et l’Ukraine de l’oligarque kazakh Moukhtar Abliazov, détenu en France depuis 15 mois et accusé par ces pays d’avoir détourné des milliards de dollars, sur fond d’opposition politique au Kazakhstan.

Le parquet général avait requis son extradition et la cour d’appel d’Aix-en-Provence s’était déjà prononcée favorablement en janvier, avant que la Cour de cassation n’annule cette décision en avril. Mais ce nouveau feu vert ne scelle pas encore le sort de l’ancien banquier et ministre, dont les avocats comptent épuiser toutes les voies de recours.

C’est l’histoire d’un ambitieux, de son ascension puis de sa chute. Une affaire tentaculaire dont les pays de l’ex-URSS semblent avoir le secret, où se mêlent des accusations de fraudes gigantesques, des règlements de comptes politiques, l’emploi de détectives privés, d’une ribambelle d’avocats et l’ombre des nomenklaturas, de Moscou à Astana.

"L’affaire Abliazov" commence en France sous le soleil de la Côte d’Azur avec l’arrestation, le 31 juillet 2013, de l’ex-PDG de la première banque kazakhe, BTA, dans une villa de l’arrière-pays cannois. Ce jour-là, les policiers de la PJ de Nice, aiguillés par un détective privé britannique, tombent sur un homme qui leur présente d’abord un passeport centrafricain, sous un faux nom. Mais c’est bien le Kazakh qu’ils arrêtent, au terme d’une cavale commencée 18 mois plus tôt en fuyant l’Angleterre.

M. Abliazov avait trouvé l’asile politique en 2011 en Angleterre, terre d’accueil des oligarques déchus, après avoir été accusé dans son pays d’avoir détourné des milliards de dollars via des prêts frauduleux et une multitude de sociétés offshore. Mais à Londres, il est aussi la cible d’une dizaine de plaintes civiles déposées devant la Haute Cour, qui fait confisquer son passeport et geler ses actifs. Condamné à 22 mois de prison ferme pour outrage, il quitte discrètement l’Angleterre le 15 février 2012. Jusqu’à ce que les autorités françaises lui mettent la main dessus.

- ’Une monnaie d’échange’ -

Brillant homme d’affaires devenu ministre à la fin des années 90, il s’est opposé au tout-puissant président kazakh Noursoultan Nazarbaïev, ce qui lui a valu la prison au début des années 2000. Exilé en Russie en 2003, il peut revenir au Kazakhstan en 2005 pour diriger sa banque, BTA, dont il veut faire le HSBC de la région en profitant des richesses du pays, très convoitées.

Sa réussite fait des jaloux au sommet du pouvoir, qui réclame sa part du gâteau, selon Moukhtar Abliazov. Le conflit culmine début 2009 : BTA, au bord de la faillite, passe sous contrôle de l’Etat. Par nécessité face à l’ampleur des malversations, affirment les avocats de la banque, soulignant que les condamnations déjà obtenues à Londres portent sur quatre milliards de dollars - sur une perte comptable évaluée à 16 milliards au total.

Théâtre des fraudes présumées, l’Ukraine et la Russie réclament à la France son extradition, qui ne peut se faire vers le Kazakhstan, faute de convention avec ce pays et compte tenu du statut de réfugié de M. Abliazov au Royaume-Uni.

Pour la défense cependant, Kiev et Moscou ne sont que des faux-nez d’Astana et M. Abliazov, âgé de 51 ans et père de quatre enfants, jouera sa vie, où qu’il aille. Pour la légende des échecs Garry Kasparov, opposant à Vladimir Poutine venu soutenir Abliazov à Lyon, celui-ci sera "une monnaie d’échange" entre le Kremlin et le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev.

Les magistrats lyonnais ont précisé en effet qu’en cas d’extradition in fine, priorité serait donnée à la demande russe qui nourrit l’essentiel des accusations - sur lesquelles la justice française n’a pas à se prononcer, comme le veut la procédure.

Mais l’arrêt rendu vendredi n’a rien de définitif pour Abliazov, souligne sa défense, qui projette déjà de nouveaux pourvois en cassation. Puis, en cas de signature d’un décret d’extradition par le Premier ministre, un recours devant le Conseil d’Etat, avant une éventuelle saisine de la Cour européenne des droits de l’Homme. Bref, encore un an de procédure, au bas mot, et de nouvelles demandes de remise en liberté, refusées jusqu’ici.


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