Paradis fiscaux et judiciaires

Angola : Une affaire "franco-russe" ?

lundi 1er novembre 1999

Angola : Une affaire "franco-russe" ?

La Lettre du Continent, 30/09/1999 : « Depuis que l’affaire du "Kremlingate" a éclaté à Moscou, on dort mal au Palais de Funtungo, à Luanda, et on s’inquiète à Paris chez les initiés du village franco-angolais. [...] Une réunion informelle s’est même tenue à l’Élysée, il y a une semaine, entre des militaires de haut rang, des responsables des services de renseignements et des diplomates.

La lancinante question était de savoir si la France ne risquait pas, un jour, d’être impliquée dans une extension du "Kremlingate" en Angola.

[...] À l’origine de ce malaise, on trouve l’équipe franco-russe constituée dans les années 80 entre Arcadi Gaïdamak, très actif dans le complexe militaro-financier russe lié à la banque Menatep, et l’homme d’affaires français Pierre J. Falcone, président de Brenco et ancien conseiller de la SOFREMI (ventes d’équipements du ministère français de l’Intérieur).

Les deux hommes sont devenus les piliers incontournables des relations franco-angolaises [...]. Le président angolais a confié à Gaïdamak et Falcone une grande partie de l’approvisionnement de l’armée angolaise en biens alimentaires et en armes [en passant au besoin par des paradis fiscaux, comme les îles Vierges] [...]. L’équipe dispose aussi [...] de participations sur plusieurs blocs pétroliers. [...] Ce sont les circuits de financement qui semblent chagriner les enquêteurs.

Le vrai patron de l’équipe est en effet Arcadi Gaïdamak. Or, cet ancien émigré russe en Israël, naturalisé français en 1975 sur l’intervention de Robert Pandraud [...], est très proche de toute l’équipe russe actuellement sur la sellette aux États-Unis pour des détournements de fonds. Depuis l’arrivée de Gaïdamak à Luanda, plusieurs grands groupes angolais ont leurs comptes à la Banque of New York qui est accusée par le FBI d’avoir "recyclé" 10 milliards $ d’argent russe. parmi les deux responsables "suspendus" dans cette affaire, Natacha Gourfinekl Kagalovski, vice-présidente de la banque, est l’épouse de Konstantin Kagalovski, ex-représentant de la Russie auprès du FMI. Également ancien dirigeant de la banque russe Menatep dont Gaïdamak est l’un des administrateurs, Kagalovski s’était occupé de la restructuration de la [très importante] dette angolaise auprès de la Russie. Il est aujourd’hui vice-président de la compagnie pétrolière Yukos dont les représentants ont accompagné à Luanda, avant l’été, le ministre russe de la Défense Sergeev... Des sociétés liées à Menatep ont aussi opéré dans les circuits de financement du pétrole angolais [...].

Enfin, tous les montages [pétroliers] de l’équipe franco-russe [...] sont passés par [la société] Glencore et Paribas. L’ancien "Monsieur Angola" de Paribas, Jean-Didier Maille, est même devenu le directeur financier de Glencore. Cette dernière, qui a gagné des milliards de francs suisses dans les années 90 avec Menatep sur le pétrole russe, a mis son "savoir-faire" au service de l’équipe franco-russe ». [Les milliards de francs suisses que Glencore a gagnés de concert avec les responsables moscovites ont creusé d’autant la faillite financière de la Russie (cf. la déclaration de Philippe Durand sur les taux de commission dans les ex-pays de l’Est, devant la mission Aubert sur les compagnies pétrolières).

C’est ce "savoir-faire" que transpose Glencore en Angola, où sont très présents TotalFina-Elf et le réseau Pasqua : Jean-Charles Marchiani, notamment, est proche d’Arcadi Gaïdamak. Avec un "produit" plus détonant : le mélange des flux financiers angolais et russes. Ce qui permet de brasser allègrement l’argent du pétrole, des ventes d’armes, du FMI, de la dette, etc.

Les recettes pétrolières de la production angolaise pourraient dépasser les 15 milliards de dollars en 2005. TotalFina-Elf sera au premier rang.

Le régime de Luanda cependant, engagé dans une interminable guerre civile, encouragé dans son option militaire jusqu’au-boutiste par les militaires russes et portugais, aura alors achevé de consumer en armements le peu de royalties qu’il n’aura pas détournées.

Et le peuple angolais restera l’un des plus misérables et maltraités de la planète.

Mais ce n’était pas de cela que s’inquiétaient les initiés informellement réunis à l’Élysée].

Extrait de Billets d’Afrique et d’Ailleurs N°75 - Novembre 1999 -

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Publié avec l’aimable autorisation de l’Association Survie.

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