Paradis fiscaux et judiciaires

COMIPAR et Pallas-Stern en liquidation judiciaire

mardi 4 mars 1997

Journal l’Humanité

Rubrique Articles

Article paru dans l’édition du 4 mars 1997.

COMIPAR et Pallas-Stern en liquidation judiciaire

LA spéculation immobilière vient de faire une victime de plus. En fin de semaine, la Banque Pallas Stern (BPS) et sa maison mère, COMIPAR, ont été mises en liquidation judiciaire. Après avoir examiné le dossier de plusieurs repreneurs, le tribunal de commerce de Paris (TCP) a rendu son verdict. Déplorant cette « faillite du siècle dans le secteur bancaire privé français », le président du tribunal, Jean-Pierre Mattéi, a jugé nécessaire de mettre fin aux aventures du holding financier, au nom de la « loyauté à l’égard des épargnants ». En apprenant la nouvelle, ces derniers - soutenus par des associations de défense : Adéfic, Adam, Déminor - ont engagé des poursuites judiciaires, bien décidés à « identifier les responsables ».

COMIPAR-Banque Pallas Stern n’a rien d’un tranquille petit établissement bancaire. Il s’agit d’un holding qui regroupe du beau monde. Au sein de son conseil d’administration, on y retrouve une pléiade de PDG de grosses entreprises : AGF, Elf Aquitaine, le GAN, Schneider, le CDR du Crédit lyonnais, UAP, Sodexho, Pinault-Printemps-La Redoute... Mais aussi des financiers du Koweït (Macro), de Suisse (SBS), d’Arabie Saoudite (Paristar), du Japon, de Grande-Bretagne... D’illustres actionnaires qui ont ainsi appâté la souscription à des titres d’obligations de près de 15.000 personnes.

La banque Pallas-Stern est née en 1983 sur les cendres d’autres établissements bancaires. Son objectif ? L’immobilier. Neuf ans plus tard, prise dans les filets de la crise immobilière, la société privée est absorbée par COMIPAR qui poursuit ses aventures spéculatives. Il y a un an, le président de COMIPAR-BPS, Gérard Eskénazi, a été mis en examen pour « faux bilans, diffusion de fausses informations et escroquerie à l’épargne publique ». Aujourd’hui, le trou financier du groupe COMIPAR est estimé à près de 8 milliards de francs.

La liquidation de COMIPAR-Pallas Stern illustre en fait les très fortes turbulences qui sévissent dans le secteur bancaire. Sur les 430 établissements qui font partie de l’Association française des banques (AFB-patronat bancaire), une bonne centaine sont largement déficitaires. Dans le paysage européen, la spécificité populaire des banques françaises n’est plus de mise. Sur les places financières européennes, et dans la perspective de la monnaie unique, la concurrence est rude.

Larguant au fil des années leur ancrage social, les établissements bancaires se sont ainsi lancés, sans limites et sans aucune règle, dans la douteuse stratégie des plus-values immobilières.

Aujourd’hui, subissant les aléas de ce secteur en chute libre, ils doivent passer à la caisse et payer leurs dettes, via des créances irrécouvrables.

Parallèlement, dans la course à l’euro, le patronat bancaire, arguant des « handicaps » et des « carcans » du système français, pousse à une libéralisation totale du secteur. « Restaurer la rentabilité des banques françaises » : tel est l’objectif. D’où, dans ce contexte, la remise en cause des missions du Crédit foncier, du Crédit lyonnais, de la Caisse d’épargne. D’où également la privatisation de la BNP. Ou la fusion UAP-AXA.

Qui paient les pots cassés de cette déréglementation ? Les clients jugés « non rentables ». Et, bien sûr, les salariés. Au nom des « performances » à réaliser, l’Association française des banques programme 30.000 suppressions d’emploi et souhaite laminer les conventions collectives.

Les personnels ne l’entendent pas de cette oreille.

Le conflit remarquable du Crédit foncier de France en témoigne.

FRANCE BERLIOZ.

Publié avec l’aimable autorisation du journal l’Humanité.

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