Paradis fiscaux et judiciaires

Brise corse et pépites agricoles

mercredi 1er novembre 2000

Brise corse et pépites agricoles

En juin 2000, Jean-Michel Rossi et François Santoni, deux leaders indépendantistes corses du FLNC-Canal historique, publient avec le journaliste Guy Benhamou un livre d’entretiens, Pour solde de tout compte (Denoël). Le 7 août, Rossi et son garde du corps sont assassinés. Santoni est sur le qui-vive.

Le 18 septembre, Laurent Joffrin, rédacteur en chef du Nouvel Observateur, avertit Benhamou « qu’un contrat sur sa tête aurait été sous-traité par des Corses à des gangsters du milieu de Paris ». Le 25, Jean-Paul Cruse, de VSD, téléphone à Benhamou pour lui confirmer ce contrat. Il dit tenir l’information d’« une source fiable au ministère de la Défense » (Libération, 05/10/2000). Bien connu de nos lecteurs, cet apologiste des officiers pasquaïens et ex-"nègre" du capitaine Barril a effectivement des sources militaires.

Que disaient entre autres Santoni et Rossi à Benhamou : « Le commando Érignac, ce ne sont que des hommes de main […]. Ils ont été instrumentalisés par l’intermédiaire de membres de leur propre groupe, et qu’on peut appeler les penseurs de l’acte, eux-mêmes actionnés par les vrais concepteurs. Ceux-là ne figurent pas dans la liste des personnes arrêtées et incarcérées. Mais ils visaient une déstabilisation grave de la situation corse […], afin de mettre en place une nouvelle classe dirigeante d’obédience mafieuse, actionnée par certains relais politiques parisiens ».

Au début des années 1990, « l’alliance nationaliste-mafieuse se développe. Le propriétaire de Cavallo ["l’île aux milliardaires"], [Lillo] Lauricella, n’est autre que le trésorier de la puissante famille sicilienne des Santa Paola. Il propose de financer tous les projets économiques qui fleurissent à cette époque. Ce sont autant de moyens, pour la mafia italienne, de blanchir l’argent de la drogue ». « L’intérêt de Cavallo, ce n’est pas l’immobilier. Ce que certains Corses et quelques Italiens se disputent, c’est la maîtrise du port et de la piste d’aviation pour les avions privés. Cavallo est une zone de transit de la drogue qui peut devenir une plaque tournante. Voilà le seul et véritable enjeu de l’île ».

L’Accord de Matignon sur l’avenir de la Corse a explicitement prévu, selon le Réseau Voltaire (01/10/2000), que « le système bancaire sera privatisé au profit d’une société de capital-risque, Femu Qui […] en articulation avec le Crédit agricole ». Or, « le Crédit agricole de Corse et Femu Qui ont été systématiquement cités dans toutes les enquêtes sur les organisations criminelles de l’île, en premier lieu la "Brise de mer" ». Qu’est ce qui, dans le nouveau statut envisagé pour la Corse, empêchera ces organisations « de prendre le contrôle du nouveau système bancaire » ?

Selon le journaliste Alain Laville (1) lorsque le président de la Coordination rurale insulaire, Jean Cardi, a osé demander un audit du Crédit agricole, « il a reçu des explosifs en retour, puis a été menacé de mort par Jean-Angelo, l’un des frères Guazzelli, membre présumé de la Brise de mer ».

On apprend dans le même temps que le Crédit agricole (CA) suisse s’offre la sulfureuse CIBC (Canadian Imperial Bank of Commerce), la banque préférée des dictateurs africains.

En peu de temps, le CA s’est imposé en Suisse ( !) comme l’un des leaders de la gestion de fortunes (LdC, 19/10/2000). On appelle cette activité la "banque privée". Elle est présentée par un rapport du Congrès US (09/11/1999) comme l’un des instruments privilégiés du blanchiment de l’argent. Le CA suisse s’est fait épingler pour avoir planqué un milliard de FF du dictateur Abacha (Billets n° 85).

Le CA finance au moins deux dictatures en guerre civile, la brazzavilloise et l’angolaise, goulues d’armes et riches en or noir, elles aussi réputées pour la volatilité de leurs pétrodollars.

Marié avec la banque Indo-Suez, le CA semble aspiré par un tropisme colonial - ami de la force et ennemi de la transparence. Aux antipodes du statut coopératif dont se prévaut encore la "banque verte".

(1). Un crime politique en Corse, Le cherche midi, 1999.

Extrait de Billets d’Afrique et d’Ailleurs N°86 - Novembre 2000 -

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Publié avec l’aimable autorisation de l’Association Survie.

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