Paradis fiscaux et judiciaires

Françafrique

vendredi 1er mars 2002

Françafrique

« En tant que banque mutualiste particulièrement attachée aux valeurs éthiques et au développement durable dans toutes ses composantes, nous ne pouvons que réfuter [...] le “dossier” [… L’envers de la dette, publié] dans le cadre d’une campagne hostile aux banques en général et à notre établissement en particulier. [...] Vous n’ignorez pas le soin tout particulier que nous attachons à la sécurité de nos opérations comme à l’éthique de leurs finalités. [...] La participation de notre Groupe à des opérations de financement international procède [...] des mêmes objectifs et nous pouvons vous assurer qu’elle est totalement étrangère aux accusations gratuites et sans fondement qu’il vous a été demandé de relayer. » (Claude CUIGNET, directeur Marketing et Réseau du Crédit agricole de Champagne-Bourgogne. Courrier du 23/01/2002 en réponse à notre campagne L’envers de la dette, étayée par un “Dossier noir” du même nom).

[La campagne dénonce le financement très spéculatif et lucratif des pétrodictatures africaines par les grandes banques françaises. Le courrier-type de la banque “agricole” se garde bien de réfuter précisément les faits dénoncés : elle a absorbé « l’héritière des financements coloniaux, la banque Indosuez, puis en 2000 la sulfureuse CIBC (Canadian Imperial Bank of Commerce), la banque préférée des pétrodictateurs africains. Elle a également récupéré la Belgolaise, rejeton de la colonisation belge. » Elle est devenue « le principal actionnaire du Crédit foncier de Monaco, la banque des Feliciaggi, Sirven et Cie. »

« En peu de temps, le Crédit agricole (CA) s’est imposé en Suisse comme l’un des leaders de la gestion de fortunes. On appelle cette activité la “banque privée”. Elle est présentée par un rapport du Congrès américain comme l’un des instruments privilégiés du blanchiment de l’argent. La Commission fédérale des banques helvétiques a épinglé le CA Indosuez à propos des fonds détournés par feu Sani Abacha, l’ex-dictateur nigérian : c’est l’un des quatre établissements bancaires “ayant montré des défaillances plus graves”, avec des “comportements individuels erronés crasses” ! À lui seul, le Crédit agricole a planqué plus d’un milliard de FF. »

« Comme Paribas, le Crédit agricole s’est intéressé aux montages financiers de la présidence angolaise avant de venir en aide à l’allié Sassou II. Deux dictatures en guerre civile. Fin 1998, avec l’appui de l’Élysée, il a monté un préfinancement de 60 millions de dollars en faveur de Sassou II, basé sur 1 200 000 tonnes de pétrole. L’opération s’est réalisée avec la Banque française de l’Orient, installée avenue George V… dans le même immeuble que la Fiba. De quoi conforter le régime qui presque aussitôt, vers Noël 1998, entreprendra la “solution finale” des résistances sudistes. »

« Indosuez est une spécialiste de la pétrofinance. Elle détenait 5,26 % de la Fiba, [… qui] se servait d’Indosuez pour l’accès aux marchés internationaux. […] La Belgolaise a été accusée par le président évincé Pascal Lissouba d’avoir permis à Elf (avec Elf-Trading et la Fiba) de financer le « complot terroriste du général Sassou Nguesso ».

« Venons en à la CIBC, nouveau fleuron du groupe CA. Cette banque “canadienne” travaille volontiers depuis la Suisse.

Comme le magicien de la pétrofinance Jack Sigolet, ex-président de la Fiba. Celui-ci avoue une sorte d’addiction : “Elf a énormément utilisé la CIBC, pour au moins 30 % des préfinancements que j’ai montés. Et il n’y a pas qu’Elf qui l’utilise, puisque Total a monté l’an dernier un préfinancement pour l’Angola à la CIBC, devenue Crédit Agricole International” ».

Parmi d’autres casseroles récentes, une filiale du Crédit agricole, la CAI Chevreux, vient elle aussi d’être épinglée pour avoir prélevé d’énormes commissions sur les avoirs des caisses de retraites qu’elle gérait. Elle a discrètement proposé à ses clients de leur rembourser 122 millions d’euros pour étouffer l’affaire (Le Parisien, 15/02/2002).

Est-ce cela l’attachement du Crédit agricole « aux valeurs éthiques », « au développement durable », « à la sécurité de [ses] opérations » ?

À vrai dire, il a succombé, comme tant d’autres, au vertige fascinant des profits à très court terme, fût-ce au détriment de peuples entiers. Pourvu qu’ils soient lointains et restent muets.]

Extrait de Billets d’Afrique et d’Ailleurs N°108 - Mars 2002 -

Billets d’Afrique et d’Ailleurs est la revue mensuelle éditée par Survie.

Publié avec l’aimable autorisation de l’Association Survie.

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