Paradis fiscaux et judiciaires

Le compte nippon rebondit à Tahiti

lundi 28 mai 2007

L’affaire Clearstream

Le compte nippon rebondit à Tahiti

Il existerait bien un lien entre Chirac, la Tokyo Sowa Bank et Gaston Flosse.

Par Renaud LECADRE

QUOTIDIEN : lundi 28 mai 2007

Saluons l’arrivée de Gaston Flosse, empereur du Pacifique, et de son fils Reginald, hôtelier sous les cocotiers, nouveaux acteurs de l’affaire Clearstream.

Ce tout nouveau chapitre va empoisonner un peu plus la retraite de Jacques Chirac.

Son immunité présidentielle prenant fin le 16 juin, les juges d’instruction Jean-Marie d’Huy et Henri Pons, en charge du dossier des faux listings bancaires, sont sur les starting-blocks, au risque de prendre de vitesse le juge de Nanterre Alain Philibeaux, en charge de l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Leur volonté d’entendre Chirac comme témoin ne fait pas l’ombre d’un doute, ce n’est plus qu’une question de calendrier. Le dernier événement en date de leur instruction judiciaire, l’audition mardi dernier comme témoin assisté du général Rondot, a balayé les ultimes scrupules.

Dans l’une des notes saisies au domicile du général, il est question de Gaston Flosse, sénateur UMP, et de son fils Reginald comme ayant pu alimenter le compte nippon de Jacques Chirac. Comme l’ont déjà mentionné le Canard enchaîné et le Figaro, des chemises estampillées « affaire japonaise », « affaire PR 1 » ou « affaire PR 2 » sèment la panique dans la chiraquie.

En dépit des dénégations de son entourage élyséen, tout porte donc à croire que Chirac a bien disposé d’un compte dans une banque japonaise, la Tokyo Sowa Bank, ne serait-ce que pour se faire rembourser ses frais de déplacement en tant que membre d’un jury nippon, le prix international de l’Association japonaise des arts.

Rumeurs. Reste la question du montant de son compte courant : soit 100 000 dollars (montant de ses défraiements annuels), soit 7 milliards de yens (300 millions de francs), selon une note de la DGSE faisant état du témoignage d’un honorable correspondant au pays du Soleil-Levant.

Gaston Flosse, chiraquien en diable, déchu de son titre de président de la Polynésie-Française, a aussitôt démenti « fermement les accusations selon lesquelles il aurait été l’un des acteurs d’une filière nippone de transferts financiers au bénéfice de l’ancien président de la République ».

Rien, en effet, ne l’accuse à ce stade.

Simplement, les archives du général Rondot mentionnent les rumeurs distillées en marge de l’affaire du Tahara’a, un hôtel possédé par son fils, en faillite depuis 1998, qui aurait pu assurer sa survie grâce à une délibération de l’assemblée territoriale, présidée par son papa. Flosse père et fils ont été condamnés en juin 2006 pour prise illégale d’intérêts (ils n’ont pas fait appel, s’agissant d’une peine symbolique), malgré la diligence du parquet de Papeete consciencieusement requérant un non-lieu puis une relaxe.

En pleine affaire du Tahara’a, le journal Tahiti-Pacifique Magazine s’est fait l’écho du palais de justice en affirmant que, s’agissant d’un prêt accordé à l’hôtel, « une grande partie de cet argent aurait ensuite été versée sur le compte d’un banquier japonais réputé être très proche de Jacques Chirac », Shoichi Osada, patron de la Tokyo Sowa Bank. Un enquêteur local confirme à Libération l’hypothèse de cette filière Flosse-Osada-Chirac. Elle n’a pas été confirmée ni démentie, faute d’enquête sérieuse, le juge d’instruction se voyant refuser tout réquisitoire supplétif.

Parfait archiviste. Lors de sa première audition, en mars 2006, le général Rondot s’était emmêlé les pinceaux en paraissant donner crédit à la thèse des 300 millions de francs, alors qu’il ne faisait que mentionner des notes de renseignement de la DGSE. Pour en avoir le coeur net, les juges d’Huy et Pons viennent d’annexer à leur dossier pénal toute la matière première saisie au domicile du militaire.

Graphomane du renseignement, toujours une fiche bristol en poche, le général Rondot est aussi un parfait archiviste : ses fiches remplies au jour le jour, regroupées dans des boîtes, étaient retranscrites plus tard sur son « journal de bord » ; une fois par mois, il reclassait le tout, retranchant l’accessoire, ajoutant quelques commentaires. « Un fourre-tout incommensurable », résume un proche.

Les juges viennent d’annexer le tout à leur dossier pénal. Tout le disque dur du général Rondot se retrouve désormais aux mains de la justice, au risque de se retrouver sur la place publique.

On en est là des dossiers Rondot, curieux agrégats de notes de la DGSE, de coupures de presse et d’impressions personnelles qui relancent singulièrement l’affaire du compte japonais.

Il serait temps qu’une véritable enquête judiciaire trie, en toute indépendance et une bonne fois pour toutes, le vrai du faux.

C’est l’intérêt même du citoyen Chirac.

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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