Paradis fiscaux et judiciaires

Un banquier suisse au cœur du grand banditisme

vendredi 17 juillet 2015 par marieagnes

François Rouge

Un banquier suisse au cœur du grand banditisme

Dans son livre « Banquier, un Suisse dans le grand banditisme » (éd. La manufacture de livres), le financier genevois François Rouge raconte trente années d’une carrière tumultueuse qui l’ont mené du Gotha de la finance internationale à la prison des Baumettes, après avoir fréquenté de trop près le milieu corse. Il dévoile aussi les dessous de plusieurs grandes affaires françaises comme le raid manqué sur la Société Générale, les coulisses de l’Angolagate ou la saga des « parrains » corses au cercle de jeux Concorde.

[...] Une banque engluée dans l’opération "Mains propres"

Outre cette incursion dans le milieu corso-marseillais, le banquier helvétique a été mêlé à de multiples affaires d’Etat dont il dévoile crument les coulisses. En 1988, il est l’une des chevilles ouvrières du « raid » manqué sur la Société Générale, manigancé par « celui qui lui a tout appris » Gustave Leven, l’ex PDG de Perrier. « Un être très compliqué, se souvient-il. Mais aussi un vrai génie. Très certainement l’un des plus grands spéculateurs d’Europe ». Alors à la tête d’une petite société financière, François Rouge se voit confier 500 millions d’euros par Leven et ses alliés pour rafler, via des sociétés off-shore, 15 % du capital de la Société Générale et prendre le contrôle de la banque, récemment privatisée. A la manoeuvre , soutenus par le pouvoir socialiste de l’époque : ceux que la presse appellera les « golden papys » : Gustave Leven, 74 ans, accompagné par Jean-Louis Descours, 72 ans, le patron des chaussures André, et François Dalle, 70 ans, ex-PDG de L’Oréal, ami intime de François Mitterrand. L’affaire –l’un des pires délits d’initiés de l’histoire boursière française-, se terminera devant les tribunaux. Les « golden papys » passeront entre les gouttes. « Leurs noms ont été publiés dans la presse, ce qui n’est jamais agréable, écrit François Rouge. Mais ils n’ont pas été jugés, alors que ce sont eux qui ont le plus profité du raid. Je suis bien placé pour le savoir ».

Après ce coup d’éclat, François Rouge s’offre, en 1997, sa propre banque, l’ex Karfinco, rebaptisée Banque de Patrimoines Privés Genève (BPG). Il la paye une poignée de cerises car l’établissement, fondé par des Italiens, abrite les comptes cachés de richissimes fraudeurs fiscaux transalpins. Elle est engluée dans l’opération « Mains Propres », l’enquête anti-corruption menée par le juge Antonio di Petro. Une fois la banque renflouée, avec l’aide d’un des « golden papys » qui prend un tiers du capital, le financier remplace les clients italiens par des Français. Il se concentre sur la grande spécialité des banques suisses à l’époque : la fraude fiscale. « Sur les six cents clients de la banque, pas plus de trois devaient être en règle avec le fisc de leur pays, confie-t-il. Mais je ne faisais pas autre chose que mes homologues » Au passage, François Rouge reconnaît deux grandes qualités aux banquiers suisses : leur discrétion et leur honnêteté. « Ils ne volent pas leurs clients, du moins pas trop », relève-t-il. Pour appâter les évadés fiscaux, « à plus de 50 % des Français », Rouge leur offre ce qu’il appelle : « un service près du corps » : « tout doit être impeccable, du caissier à la dame qui accompagne les clients aux coffres. Un chauffeur venait prendre le client à l’aéroport et le conduisait à la banque, discrètement dans le parking au sous-sol. Le client repartait avec un beau cadeau, généralement une œuvre d’un artiste suisse ». Le secrets de cette gestion de fortune dorée sur tranche : « il faut constamment se montrer déférent avec quelqu’un qui vous confie son argent. Et surtout ne pas jouer les potes avec les riches. Ca ne leur plaît pas du tout. » Souvent François Rouge achemine lui-même du « cash » en France. « J’ai transporté de multiples fois un million de franc français de Suisse en France, avoue-t-il. En revanche, contrairement aux clichés si souvent véhiculés, je n’ai jamais fait le trajet inverse ».

En 1998, sa banque rachète aux Bahamas, « paradis terrestre et paradis fiscal », l’ancienne filiale de la banque Worms, « bourrée de clients français ». Puis, en 2000, les deux établissements fusionnent. Avec un pied en Suisse, l’autre dans l’une des places off-shore les plus opaques des Caraïbes, François Rouge dispose désormais d’un outil à la hauteur de ses ambitions. « Les Français, les Italiens, les Espagnols ne se sentaient pas à l’abri dans la Confédération, explique-t-il. Mais, à cette époque du moins, on pouvait faire confiance aux Bahamas. »

[...] Par l’intermédiaire d’un avocat genevois renommé, le banquier rencontre alors André Tarallo et Jack Sigolet. Ces deux anciens pontes du groupe Elf-Aquitaine, acteurs éminents du scandale ayant ébranlé la compagnie pétrolière française, se sont recyclés en gérant depuis Genève un alléchant pactole : les 500 millions de dollars des « fonds spéciaux » de l’Angola. Cet argent noir provient d’un complexe système de commissions occultes mis en place lors des ventes des cargaisons de pétrole du pays. Il sert à régler les menues dépenses du président Eduardos dos Santos et des dignitaires du régime. Mais la gestion de ce trésor réclame de la discrétion. Car la justice française, qui enquête sur le trafic d’armes de l’Angolate, est à l’affût. Avec le feu vert des dirigeants angolais, Tarallo et Sigolet décident de placer l’essentiel de ces fonds aux Bahamas, dans la filiale de la BPG de François Rouge. Celui-ci fourmille d’idées pour les faire fructifier.

[...] Jusqu’en 1998, François Rouge a aussi été administrateur de Thomson-CSF Holding Suisse SA, la discrète filiale helvétique du groupe d’armements française aujourd’hui rebaptisée Thalès. Le fringant banquier avait sympathisé avec le dirigeant de la société, le mystérieux Josef-Maria Merk, aujourd’hui décédé. Surnommé « Puppi », il était le protégé d’Etienne Leandri, un Corse extravagant, ami de jeunesse de Tino Rossi, ancien « collabo » pendant la dernière guerre, dont le métier était de « fluidifier » les grands contrats à l’exportation, dont ceux de Thomson-CSF. « Avec Etienne Leandri, nous nous trouvons une fois encore à la frontière du grand banditisme, de la politique et du monde des affaires », écrit François Rouge. Leandri était très lié à l’ancien ministre Charles Pasqua. Il servait effectivement d’intermédiaire pour les plus grandes entreprises françaises ». Lire la suite.


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