Paradis fiscaux et judiciaires

Air Lib ou comment faire voyager des billets de banque

mardi 5 juin 2007

Air Lib ou comment faire voyager des billets de banque

Soupçonné d’avoir détourné des millions d’euros, l’ancien PDG, Jean-Charles Corbet, feint l’incompréhension.

Par Amélia BLANCHOT

QUOTIDIEN : mardi 5 juin 2007

Air Lib, c’est l’histoire d’une catastrophe industrielle commencée en 2001 qui, depuis hier, est en passe de s’achever devant le tribunal correctionnel de Paris, qui va juger jusqu’au 20 juin son ancien PDG, Jean-Charles Corbet, et cinq autres prévenus.

Il y a six ans, alors que la société AOM-Air Liberté est au bord du dépôt de bilan, Jean-Charles Corbet, alors pilote de ligne chez Air France, veut sauver cette compagnie concurrente. Il se jette à l’eau, cherche des investisseurs, crée une société qu’il baptise Holco, et enfin présente son projet au tribunal de commerce de Créteil. Un pari risqué. Il l’avoue lui-même au tribunal : il savait que « ça ne marcherait pas ». Belle intuition puisque le 17 février 2003 Air Lib est en liquidation judiciaire et licencie 3 200 personnes. Trois ans de gestion opaque, de comptabilité hasardeuse, de transferts d’argent douteux.

Obstination. Et voici Corbet à la barre, poursuivi pour abus de confiance et abus de biens sociaux. La cour l’interroge néanmoins sur son obstination à vouloir monter ce projet. La faute au tribunal, dira le prévenu : « Je n’ai pas de réponse, si ce n’est que le tribunal de commerce de Créteil est d’une grande incompétence. » L’homme, 54 ans, costume gris sans cravate, tente de se défendre comme il peut. Il esquive souvent, répond parfois franchement. Mais sa carte maîtresse, c’est celle de l’incompréhension. Soupçonné entre autres d’avoir détourné 5 millions d’euros vers une de ses filiales et plus de 9 millions d’euros sur un compte au Luxembourg, il s’embrouille. « J’ai peur de mal l’expliquer en termes de droit, j’ai du mal à comprendre. »

Bijou. Le tribunal se penche également sur son golden hello (prime d’arrivée) de 785 000 euros, dont environ 150 000 euros ont servi à acheter un bijou à sa femme. Corbet, sûr de lui, explique qu’il était parti d’Air France où il avait « abandonné un confort, une vision de l’avenir, des avantages ». La cour insiste aussi sur les rémunérations abusives de ses prestataires, qu’il s’est empressé de payer malgré un endettement abyssal. « Ce sont des personnes qui ont travaillé quinze heures par jour pendant des mois. » Un argument qui justifie la facture de la banque d’affaires CIBC, pour ne citer qu’elle : 8,3 millions d’euros d’honoraires.

L’interrogatoire de Jean-Charles Corbet se poursuit aujourd’hui.

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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