Paradis fiscaux et judiciaires

La course de fonds de l’Etat islamique

jeudi 19 novembre 2015 par marieagnes

La course de fonds de l’Etat islamique

Par Jean-Louis Le Touzet — 19 novembre 2015 à 20:06

L’organisation terroriste se sert désormais des vieux réseaux baasistes pour cacher sur des comptes offshore sa gigantesque fortune tirée du pétrole, de l’impôt, du pillage, de l’agriculture…

Daech : un Etat ? Un territoire ? Un peu de tout cela, mais aussi « une économie de prédation sanguinaire ». C’est ainsi que le qualifie un chercheur irakien qui tient à conserver l’anonymat. Alors que le « califat » autoproclamé est soumis à d’intenses bombardements et que son territoire se réduit (lire page 5), les cadres du groupe, en montant des sociétés-écrans et des comptes offshore dans les paradis fiscaux, préfigurent ce que pourrait être l’Etat islamique (EI) demain : un groupe terroriste supraterritorial, comme le fut Al-Qaeda à ses débuts. Cette mutation passe par l’argent. Recettes, dépenses, excédent budgétaire : l’organisation ne recrute pas que des combattants, mais aussi des financiers.

[...] Alors que les frappes provoquent un tarissement mécanique de l’extraction de brut et la destruction de dizaines de camions citernes qui servent d’entrepôts, les plus hauts cadres de l’Etat islamique auraient utilisé les mêmes recettes que celles appliquées par l’entourage de Saddam Hussein au début des années 2000. « Daech a réactivé les vieux réseaux liés au parti Baas, les mêmes qui avaient réussi à soustraire des dizaines de millions de dollars et à les transférer sur des comptes offshore », souligne un expert irakien qui ne veut pas être cité.

Confronté à un blocus économique, Saddam Hussein avait trouvé un moyen imparable : la corruption de certains responsables turcs, par exemple, pour faire sortir du pétrole d’Irak. Ces derniers fermaient les yeux et captaient au passage un pourcentage conséquent. Sorties d’Irak, de belles sommes avaient permis d’acheter le silence d’avocats d’affaires, de banquiers et de hauts responsables des administrations turques, notamment.

Il s’agissait de mettre en place de complexes montages fabriqués à partir de labyrinthiques enchevêtrements de sociétés-écrans localisées dans des paradis fiscaux. But de la manœuvre ? Thésauriser, loin d’Irak, des montagnes de billets verts.

L’Etat islamique aurait reproduit cette mécanique. Car il voit son modèle économique autosuffisant mis à terre par les bombardements. Ce qui nécessite de transformer l’organisation en une nébuleuse. « Daech sait qu’il ne tiendra pas longtemps son territoire. Il paye à prix d’or des intelligences bancaires pour ouvrir des comptes, via des sociétés-écrans. Reproduisant en quelque sorte le modèle supranational d’Al-Qaeda », constate Hosham Dawod. Il faut transférer du cash pour assurer aux « têtes pensantes » du groupe « un moyen de se mettre à l’abri, y compris les proches et familles, mais aussi pour permettre aux cellules de se projeter vers de nouvelles opérations terroristes », analyse le chercheur du CNRS.

L’organisation ne peut se passer de financements externes, et donc du système financier international. Ainsi, « l’EI a enrichi les bonnes personnes. Et pas seulement en Turquie », affirme, sous couvert d’anonymat, un observateur. De gros soupçons pèsent sur la porosité de l’infrastructure bancaire du Liban, de Chypre, de Malaisie, d’Indonésie ou encore de Turquie. A priori peu original, le schéma, qui revient à blanchir l’argent, reste difficilement détectable. Lire la suite sur le site du journal Libération.


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