Paradis fiscaux et judiciaires

L’infante Cristina sur le banc des accusés lundi

samedi 9 janvier 2016 par marieagnes

L’infante Cristina sur le banc des accusés lundi

Espagne La sœur du roi d’Espagne Felipe VI, l’infante Cristina, qui vit en Suisse, son mari et 16 autres personnes comparaissent dans une affaire de malversations.

Le procès de l’affaire « Noos » se tient à partir de lundi et jusqu’au mois de juin à Palma de Majorque (archipel des Baléares, est) dont les ducs en titre étaient Cristina de Bourbon et son mari, l’ex-sportif Iñaki Urdangarin.

C’est ici que le couple et ses quatre enfants blonds aux yeux bleus passaient chaque année de joyeuses vacances estivales avec le reste de la famille royale, des étés dont restent les dizaines d’images de régates à voile, une passion de Cristina.

Le titre de ducs de Palma leur avait été conféré par le roi Juan Carlos I comme cadeau de mariage en 1997, alors que la popularité de la monarchie était au plus haut.

Il leur a été retiré en juin 2015 par Felipe VI, frère cadet de Cristina, qui tente de redorer l’image d’une monarchie ternie par l’affaire Noos et les errements de Juan Carlos, dont la partie de chasse au Botswana en 2012, en pleine crise, avait outré de nombreux Espagnols.

Felipe VI, qui a tout fait pour se distancer de Cristina, « ne peut se permettre l’ombre d’un doute sur la rigueur du procès de sa sœur », déclare Pilar Urbano, écrivain et spécialiste de la monarchie. Iñaki Urdangarin, 47 ans, ancien médaillé olympique de handball devenu homme d’affaires, est accusé - avec son ex-associé Diego Torres - de malversations ayant atteint six millions d’euros.

Fraude fiscale

Iñaki Urdangarin, au train de vie sans doute au-dessus de ses moyens réels, et son associé, auraient donc décroché ensemble de juteux contrats publics auprès des gouvernements des régions de Valence et des Baléares, surfacturant des prestations en échange de son influence présumée.

Ces prestations étaient facturées par l’Institut Noos et les fonds reversés à des sociétés écran dont la plus connue, Aizoon, appartenait à Cristina et à son mari.

Pendant des années, le juge en charge de l’enquête a tenté de démontrer que l’infante était parfaitement au courant des affaires de son mari et avait personnellement profité des sommes en cause. Il a cependant fait face à la ferme résistance du procureur, qui a requis un non-lieu pour Cristina.

Finalement, l’infante a échappé aux poursuites pour trafic d’influence et blanchiment d’argent et n’est accusée que de fraude fiscale. Une inculpation demandée par l’association d’extrême droite Mains Propres, partie civile, qui réclame à son encontre huit ans de prison.

Urdangarin sera lui jugé pour détournements, fraude fiscale, trafic d’influence, escroquerie et blanchiment d’argent. Le parquet a requis 19 ans d’emprisonnement.

Exil doré en Suisse

En l’absence de poursuites du parquet et du Trésor public, la sœur du roi garde encore une chance d’échapper au procès. Dès la première audience, ses avocats plaideront pour l’application de la « jurisprudence Botin » de la Cour suprême, ayant épargné en 2007 un procès au puissant banquier Emilio Botin.

La Cour avait estimé que le fondateur de Banco Santander ne pouvait être jugé car ni le parquet ni le Trésor n’avaient déclenché de poursuites. « L’application de cette jurisprudence donnerait l’impression que la justice n’est pas la même pour tous », estime Pilar Urbano, décrivant une Espagne tolérant de moins en moins privilèges et corruption.

Cristina Federica Victoria Antonia de la très Sainte Trinité de Bourbon et de Grèce, âgée de 50 ans, a toujours nié avoir la moindre connaissance des faits reprochés à son mari et avoir agi par amour. « J’ai confiance en mon mari », avait-elle affirmé en février 2014 au juge, dans une salle où trônait encore l’image de son père Juan Carlos.

Quoi qu’il arrive, la monarchie a tout à perdre : si la princesse évite le procès, on criera au passe-droit et si elle reste accusée, son image sera ternie, estime José Apezarena, biographe de Felipe VI. « Cela lui causera du tort de toutes les manières », estime-t-il, évoquant la rupture de Felipe avec sa sœur, poussée à l’exil doré en Suisse et qui n’avait même pas été invitée à son couronnement.

(ats/nxp)

(Créé : 09.01.2016, 08h04)


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