Paradis fiscaux et judiciaires

Procès princier en Espagne : des révélations peu glorieuses

mardi 9 février 2016 par marieagnes

Procès princier en Espagne : des révélations peu glorieuses

L’infante Cristina d’Espagne et son mari Iñaki Urdangarin sont jugés pour une affaire de détournement de fonds publics. Un ancien ami détaille les arrangements.

SOURCE AFP
Publié le 09/02/2016 à 14:48 | Le Point.fr

L’infante Cristina d’Espagne et son mari Iñaki Urdangarin, jugés pour une affaire de détournement de fonds publics, ont dû écouter mardi à la barre un ancien ami, médaillé olympique, détailler certains arrangements financiers peu glorieux.

L’Espagne s’habitue peu à peu à voir le couple princier s’installer dans la salle d’audience aménagée pour l’occasion dans un bâtiment public, à quelques centaines de mètres d’une prison de la station balnéaire de Palma de Majorque.
Subventions gaspillées ou détournées, fausses factures pour des événements n’ayant jamais eu lieu, sociétés-écrans, emplois fictifs : tels sont quelques-uns des ingrédients de cette affaire qui a terni l’image de la royauté au point de précipiter l’abdication du père de Cristina, Juan Carlos Ier, en 2014 au profit de son fils, Felipe VI, frère cadet de la princesse. À la tête de l’institut Noos, Iñaki Urdangarin, 48 ans, et son associé Diego Torres sont accusés d’avoir détourné plus de 5,8 millions d’euros de fonds publics attribués entre 2004 et 2007 par les gouvernements autonomes des Baléares et de Valence, alors dirigés par le Parti populaire (PP, droite).

Faire « connaître ma vérité »

Le premier accusé interrogé, José Luis Ballester, alias Pepote, avait décroché une médaille d’or de voile aux JO d’Atlanta de 1996 avant d’être nommé directeur général des Sports des Baléares en 2003. Embarrassé par son statut de « repenti », il a d’abord expliqué au tribunal pourquoi, dès 2010, il avait décidé de collaborer avec la justice, en échange d’une réduction de peine. Je voulais faire « connaître ma vérité », a-t-il dit, quand « d’autres continuaient avec leurs mensonges ».

Iñaki Urdangarin, il l’avait connu au temps de leur jeunesse et de leur gloire, avant que tous deux ne décrochent des médailles olympiques, l’un de handball, l’autre de voile. Dès l’été 2003, alors que José Luis Ballester travaillait déjà pour la région, Iñaki Urdangarin, président de Noos, allait négocier ses premiers contrats avec José Luis Ballester et le président des îles Baléares, Jaume Matas.

- « Où avait eu lieu la réunion entre vous ? » demande le procureur.
- Au palais de Marivent", résidence d’été de la famille royale à Palma, répond le « repenti ».
- « Vous aviez joué au padel et parlé ensuite ? »
- « Effectivement », dit « Pepote ».

Un ancien ministre concerné

Iñaki Urdangarin avait obtenu que la région sponsorise l’équipe cycliste Banesto qu’il représentait à hauteur de 18 millions sur trois ans, puis décroché des contrats en or pour Noos, telle l’organisation d’un congrès tourisme et sport de deux jours facturé 1,2 million d’euros. « Un prix complètement disproportionné » basé sur « un budget fictif », selon le parquet, qui considère que Iñaki Urdangarin et Diego Torres avaient créé Noos dans « le seul but » de profiter du « prestige social de prétendues actions altruistes » et d’« avoir accès à des subventions ».

Jaume Matas, ancien ministre (2000-2003) du gouvernement de José Maria Aznar, déjà condamné à une peine de prison dans une autre affaire de corruption, écoutait depuis le banc des accusés la déclaration de son ex-subordonné. Selon Pepote, Jaume Matas prenait, seul, des décisions validées par les faux comptes rendus de réunion d’un comité de direction qui « en fait ne siégeait pas ». Et les contrats étaient conclus sans le moindre appel d’offres.

Cristina encourt huit ans de prison

Selon l’accusation, une grande partie des « fonds obtenus d’organismes publics et de sociétés privées » étaient ensuite transférés par Noos à des entités commerciales appartenant à Iñaki Urdangarin et Diego Torres. L’une de ces « sociétés-écrans », détenue pour moitié par Cristina, finançait selon le parquet de nombreuses dépenses du couple princier, voyages, travaux ou cours de danse..., ce qui a fait scandale dans l’Espagne en crise.

Iñaki Urdangarin, qui encourt jusqu’à dix-neuf ans de prison, devra écouter d’ici au 26 février, les interrogatoires de 12 autres des 17 accusés, avant que vienne son tour, et que Cristina soit entendue, la dernière. Entamé le 11 janvier, le procès avait aussitôt été suspendu, le temps pour les trois juges de conclure notamment que la princesse devait bien être jugée pour complicité de fraude fiscale. Déjà bannie de tous les actes officiels de la royauté, elle encourt jusqu’à huit ans de prison. Le procès doit durer jusqu’au 30 juin.


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