Paradis fiscaux et judiciaires

Une nouvelle piste mène les enquêteurs en Suisse

jeudi 17 mars 2016 par marieagnes

Affaire Sarkozy - Kadhafi

16 mars 2016 13:06 ; Act : 16.03.2016 14:46

Une nouvelle piste mène les enquêteurs en Suisse

Berne a fourni des indices à la France qui prouveraient que de l’argent libyen a fini dans les mains de proches de Sarkozy, pour sa campagne présidentielle 2007.

Tout porte à croire que Nicolas Sarkozy veut reconquérir l’Elysée. Mais sa récente mise en examen (lire encadré) vient quelque peu plomber ses ambitions pour 2017. Et son image a déjà passablement souffert aux cours des dernières années à cause d’une série de scandales auxquels il serait lié. L’accusation selon laquelle le régime libyen aurait financé sa campagne présidentielle en 2007, qui lui a permis d’accéder à l’Elysée, est sans doute celle qui peut le plus porter préjudice à Nicolas Sarkozy.

Les autorités françaises enquêtent depuis 2013 sur cette affaire, qui semble avoir rebondi récemment. De nouvelles preuves auraient été découvertes, révèle ce mercredi le « Tages-Anzeiger ». Et celles-ci viendraient de Suisse. Les enquêteurs français avaient, en effet, demandé l’aide des autorités helvétiques dans le but, notamment, de découvrir des informations concernant l’achat d’une villa à Mougins, située dans les hauteurs de Cannes sur la Côte d’Azur.

Un fonds qui pèse 5 milliards d’euros

La maison en question a été achetée en mai 2009 par un fonds d’investissement libyen, appelé « Libyan African Investment Portfolio » et géré par Béchir Salah, ancien directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi. Mais, après la chute du régime Kadhafi en 2011, Béchir Salah s’est évaporé... et avec lui les informations permettant de savoir où est passée la fortune du fameux fonds, qui pesait près de 5 milliards d’euros. Les enquêteurs parisiens pensent qu’une partie de l’argent a atterri dans le mains de personnes proches de l’ancien président français Nicolas Sarkozy.

La villa à Mougins serait une des clés de ce mystère. Les autorités françaises pensent que le fonds d’investissement a payé une trop forte somme d’argent pour acquérir la demeure afin de cacher des flux d’argent. Le hic : c’est la mystérieuse société offshore Bedux Management Inc. qui apparaît comme vendeur de la maison et qui a donc empoché l’argent libyen. Or, les enquêteurs ne sont toujours pas parvenus à savoir qui se cache réellement derrière cette entreprise.

Et c’est à ce niveau-là que l’aide de la Suisse a été précieuse à Paris. Au cours de leur enquête, lancée en 2011 à l’encontre de Béchir Salah et de son fils pour blanchiment d’argent et soutien à une organisation criminelle, les autorités helvétiques sont tombées sur deux comptes à Genève, appartenant au richissime homme d’affaires saoudien Ahmed Salem Ahmed Bugshan. Contacté, le Ministère public de la Confédération confirme l’ouverture d’une procédure, sans pour autant confirmer les noms de Béchir Salah et de son fils, avancés par le quotidien alémanique.

Des informations « potentiellement intéressantes »

L’analyse de ces comptes a permis de révéler plusieurs contacts avec la société offshore Bedux Management Inc. ainsi qu’un virement de 10,14 millions d’euros. Selon le « Tages-Anzeiger », les enquêteurs français cherchaient depuis un moment un transfert d’argent d’un montant identique. Ce virement devrait leur permettre de faire le lien avec la fameuse villa située sur la Côte d’Azur, précise le quotidien alémanique.

Les autorités françaises doivent désormais décortiquer les informations transmises par les autorités suisses, rappelle le journal, qui ajoute qu’il est trop tôt pour évaluer dans quelle mesure l’achat de cette villa pourrait s’avérer « dangereux » pour Sarkozy et ses proches. Reste qu’Ahmed Salem Ahmed Bugshan a tout fait pour éviter que ces données ne soient transmises à Paris. Il a même été jusqu’à déposer un recours auprès du Tribunal pénal fédéral à Bellinzone. Mais celui-ci a rejeté sa demande début février, affirmant que les informations des comptes bancaires sont « potentiellement intéressantes » pour la France.

(ofu/afp)

En 2012 un financement aussi contesté

Nicolas Sarkozy a été inculpé mi-février pour le financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012, dans l’affaire Bygmalion,. L’ancien chef de l’Etat a été entendu le juge d’instruction, qui soupçonne que ses comptes de campagne ont été truqués pour cacher une explosion du plafond légal des dépenses de 22,5 millions d’euros. Nicolas Sarkozy est déjà inculpé, depuis juillet 2014, pour corruption et trafic d’influence dans une autre affaire dite des écoutes.


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