Paradis fiscaux et judiciaires

Rhodia : Breton dénonce une « manipulation »

mardi 8 mai 2007

Rhodia : Breton dénonce une « manipulation »

Le ministre contre-attaque après les perquisitions à son bureau et chez lui.

Par Hervé NATHAN

jeudi 30 juin 2005 (Liberation - 06 :00)

Pour Thierry Breton, l’affaire Rhodia n’est pas une « affaire Breton ». C’est carrément une « manipulation ». Rentré des Etats-Unis mardi matin, au lendemain d’une perquisition dans son bureau à Bercy, et aussi à son domicile, diligentée par les juges Pons et D’Huy, le ministre de l’Economie a rompu le silence hier matin sur Europe 1. Visiblement, Thierry Breton a été pour le moins surpris. En descendant de l’avion à New York, il apprend la présence de policiers à son bureau. « J’étais un peu sidéré. Mais enfin, si c’est nécessaire, je ne le critique pas », dit-il, respectueux de la justice. Il n’aurait aucune idée de ce que les juges ont pu trouver chez lui ou dans son disque dur. Il espère que les perquisitions leur permettront de « se rendre compte que je n’ai rien à me reprocher dans cette affaire ». Mais il apprécie peu qu’en plein discours à l’ONU sur le développement on vienne lui demander le code d’accès à son ordinateur personnel.

Malice. Il a décidé hier de contre-attaquer. « Je n’étais qu’un petit administrateur parmi d’autres », plaide-t-il, reprenant un argument qu’il avait souvent développé en privé, très tôt après sa prise de fonction à Bercy en avril. Avec un peu de malice, il désignait déjà ses collègues au conseil d’administration de Rhodia : Jean-René Fourtou, Igor Landau, et même le Prix Nobel de physique, Pierre-Gilles de Gennes. Son deuxième argument est qu’il serait victime d’une « manipulation qui donne la nausée », selon le terme rapporté par le Monde daté d’aujourd’hui. Les initiateurs seraient à rechercher du côté « des financiers internationaux dont la spécialité est de rentrer dans les entreprises et puis d’en tirer le meilleur parti », à savoir Edouard Stern, décédé, et Hugues de Lasteyrie, actionnaire de Rhodia et de Vivendi Universal. Et, pour appuyer sur le soupçon, Thierry Breton fait remarquer que ces deux personnes vivent (ou vivaient) « hors de France pour des raisons fiscales », Lasteyrie en Belgique et Stern à Genève. L’argument n’est pas neuf : l’entourage du ministre y a recours depuis de nombreuses semaines, faisant remarquer que le nom de Thierry Breton n’est apparu dans l’affaire Rhodia qu’à partir du moment où il est devenu ministre. Certes, mais la plainte contre X d’Hugues de Lasteyrie date de 2004.

« Chantage ». Par ailleurs, un élément qui aurait pu établir la réalité d’un tel complot vient de s’effondrer : la plainte initiée par Xavier Musca, directeur du Trésor, pour « chantage » à l’encontre d’Hugues de Lasteyrie, qui aurait menacé de « faire sauter la République » si l’Etat n’intervenait pas dans l’affaire Rhodia, vient d’être classée sans suite par le parquet, comme le révèle le Point de cette semaine. Thierry Breton doit encore éclaircir un point : a-t-il, comme l’écrit Airy Routier dans son livre (1), ordonné au directeur du Trésor de porter plainte ? Et dans ce cas, un ministre peut-il donner un tel ordre à un haut fonctionnaire alors que lui-même est en litige judiciaire avec la personne accusée ?

Le député socialiste Arnaud Montebourg pointait, dès mardi, le « conflit d’intérêts » entre la fonction ministérielle et les anciens postes occupés par Thierry Breton. Hier soir, Jean-Marc Ayrault, au nom du groupe socialiste, a demandé au président de la Commission des finances, Pierre Méhaignerie, d’auditionner le président de l’Autorité des marchés financiers, Michel Prada. Dans son enquête sur Rhodia, l’AMF, le gendarme de la Bourse, avait déclaré prescrits les griefs survenus pendant la période 1999-2000, pendant laquelle Thierry Breton était administrateur du groupe. « J’aimerais savoir si la vigilance de l’AMF est à géométrie variable », demande Henri Emmanuelli. De son côté, Didier Migaud critique « l’invraisemblance de la situation ». Nommer à Bercy un ancien président de grand groupe industriel, c’est, selon lui, « se mettre dans une situation impossible ». Les socialistes ne vont pas plus loin : pas question de demander une démission tant qu’il n’y a pas de mise en examen. Démissionner, Thierry Breton ne veut pas en entendre parler. « Je suis au combat, disait-il hier. Et je tiens la barque [du ministère] fermement. »

(1) Le Fils du serpent, Albin Michel.

© libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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