Paradis fiscaux et judiciaires

Arabie : BAE Systems aurait versé des commissions secrètes au prince Bandar

jeudi 7 juin 2007

Arabie : BAE Systems aurait versé des commissions secrètes au prince Bandar

Par Par Pierre PRATABUY

jeu 07 jui, 14h32

LONDRES (AFP) - Les soupçons de corruption entourant les ventes d’armes de BAE Systems à l’Arabie Saoudite sont revenus sous les projecteurs jeudi avec la révélation dans la presse de commissions versées au prince Bandar, dont le groupe de défense britannique ne semble nier que l’illégalité.

Selon le Guardian et la BBC, l’entreprise a versé secrètement, pendant au moins dix ans, 30 millions de livres par trimestre à l’ancien ambassadeur saoudien aux Etats-Unis, via une banque de Washington, dans le cadre du contrat de vente d’armes Al-Yamamah signé en 1985 et renouvelé par la suite.

Au total, les versements présumés dépassent 1,2 milliard de livres, soit 1,8 milliard d’euros au taux de change actuel.

BAE Systems a démenti dans un communiqué "toutes les allégations de malversations liées à ce programme (militaire, ndlr) important et stratégique".

Mais il n’a pas pas démenti des versements d’argent, soulignant que le contrat Al-Yamamah était "un accord de gouvernement à gouvernement" et que "tous les paiements de ce type effectués dans le cadre de cet accord l’avaient été avec l’approbation expresse des deux gouvernements britannique et saoudien".

BAE n’en a pas dit davantage, invoquant "l’obligation de confidentialité qui lui est imposée par l’accord".

Aucun commentaire n’a pu être obtenu auprès de l’ambassade saoudienne à Londres, contactée par l’AFP.

Selon la BBC, qui consacre son émission télévisée Panorama à l’affaire lundi prochain, les commissions ont été versées sur deux comptes de l’ambassade saoudienne à Washington et étaient décrites comme des "services d’assistance" dans des clauses secrètes du contrat Al-Yamamah.

Le prince Bandar ben Sultan a représenté l’Arabie à Washington de 1983 à 2005, avant d’être nommé secrétaire général du conseil de sécurité national saoudien. Il est considéré comme un négociateur clé du contrat Al-Yamamah aux côtés de l’ancien premier ministre britannique Margaret Thatcher.

Selon les deux médias, les versements ont été mis au jour par une enquête du Serious Fraud Office (SFO), le service britannique de lutte contre la délinquance financière, sur des allégations de corruption concernant les contrats Al-Yamamah. Ils portaient principalement sur la vente et la maintenance de chasseurs Tornado et ont rapporté 43 milliards de livres à BAE.

Les avocats de BAE avaient reconnu dès 2005 l’existence de "services d’assistance" fournis à des responsables saoudiens "dans le cadre des arrangements contractuels du programme Al-Yamamah", dans une lettre au SFO révélée début avril par le Financial Times. La nature et le montant de ces services n’avait pas été précisée.

Ouverte en 2004, l’enquête du SFO a été annulée en décembre 2006 par le ministère britannique de la Justice au nom de l’intérêt général du pays, notamment en matière de sécurité, alors que l’Arabie Saoudite, selon la presse, menaçait d’annuler un nouveau contrat, cette fois pour des chasseurs Eurofighter, si certains de ses dignitaires étaient mis en cause.

Cette décision, endossée par le Premier ministre britannique Tony Blair, a valu au Royaume-Uni des critiques du comité anti-corruption de l’OCDE, ainsi que d’ONG et d’élus britanniques.

Le ministère britannique de la Défense a refusé de commenter l’affaire jeudi, estimant que "le faire reviendrait à dévoiler des informations confidentielles sur Al-Yamamah et causerait les problèmes que l’annulation de l’enquête avait pour but de prévenir".

Tony Blair pour sa part, depuis le sommet du G8 à Heiligendamm en Allemagne, a déclaré qu’il ne ferait pas de commentaires sur les accusations personnelles, ajoutant que les faits remontaient pour l’essentiel aux années 1980. Il a justifié une nouvelle fois cependant l’abandon de l’enquête du SFO concernant l’Arabie, invoquant la "relation stratégique essentielle" entre les deux pays.

BAE Systems fait encore l’objet d’investigations visant des contrats de vente d’armes dans six pays (Roumanie, Afrique du Sud, Tanzanie, Chili, République tchèque et Qatar).

© AFP

Publié avec l’aimable autorisation de l’Agence France Presse.

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