Paradis fiscaux et judiciaires

ENQUÊTE. Au cœur de la machine à blanchir des cartels

mardi 3 mai 2016 par marieagnes

ENQUÊTE. Au cœur de la machine à blanchir des cartels

Les services américains et français ont démantelé un réseau de blanchiment de l’argent de la drogue de Colombie, via un système de commerce de montres et de voitures de luxe destinées au Liban.

Nicolas Jacquard | 24 Avril 2016, 00h00 | MAJ : 24 Avril 2016, 09h02

Le cèdre du Liban est une essence caractérisée par ses branches, étalées horizontalement et en plans superposés. C’était très exactement la configuration de cette vaste organisation criminelle mise au jour par les policiers français de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), en partenariat avec la DEA, l’agence antidrogue américaine.

Un an d’enquête, des dizaines d’heures d’écoute ont permis d’aboutir à l’interpellation discrète, en janvier dernier, d’une quinzaine de personnes à travers toute l’Europe, dont sept au moins ont été incarcérées, certains protagonistes étant libérés sous contrôle judiciaire, d’autres faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international. Tous sont libanais, ce qui a donc valu son nom à cette opération Cedar, traduction anglaise de « cèdre ». Initialement, c’est un renseignement américain qui a mis les enquêteurs sur la piste de ce réseau, soupçonné de blanchir par millions d’euros les revenus de la cocaïne vendue à la tonne en Europe par les cartels colombiens de Cali et Medellín. A l’origine, l’enquête plus vaste de la DEA dans laquelle s’intègre Cedar « couvre le monde entier, et met en lumière une fois de plus le lien existant à l’échelle globale entre trafic de drogue et terrorisme », martèlent les services américains.

Dès 2012, des passeurs avaient été appréhendés, notamment en Hollande, transportant au minimum plusieurs centaines de milliers d’euros à chaque voyage. En janvier 2015, une information judiciaire a été ouverte, confiée au juge Baudoin Thouvenot, en poste à la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris. Les policiers se mettent sur la piste de ces « collecteurs » et « blanchisseurs », dont le mode opératoire transparaît rapidement. Les uns récupèrent l’argent en Italie, Espagne, France, Allemagne et au Benelux. Il est ensuite confié à deux commerçants. Le premier, Oussama F., l’investit dans des voitures de luxe achetées en Ile-de-France. Le second, Ali Z., fait de même en Allemagne avec des montres très haut de gamme. Autant de marchandises revendues au Liban, pour en extraire un argent « propre », reversé aux Colombiens via un système de compensation par des Libanais installés en Amérique du Sud.

Un système finançant le Hezbollah

Bien sûr, le service n’était pas gratuit, et chacun prélevait sa dîme au passage. Les enquêteurs ont ainsi découvert qu’en arrière-plan le système finançait le Hezbollah, parti chiite libanais combattant aux côtés de Bachar al-Assad. « Nous gérons l’un des plus gros dossiers du Moyen-Orient », se vantait ainsi l’un des suspects dans une écoute dont nous avons pu avoir connaissance.

Etonnamment, le nom de la famille Hariri, du nom de l’ancien Premier ministre libanais, que le même Hezbollah est soupçonné d’avoir assassiné, est également avancé par les protagonistes, en tant que bénéficiaire de sommes conséquentes (voir ci-dessous). Lire la suite.


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