Paradis fiscaux et judiciaires

L’enquête sur des commissions versées à l’Arabie saoudite déstabilise BAE Systems

jeudi 7 juin 2007

L’enquête sur des commissions versées à l’Arabie saoudite déstabilise BAE Systems

LE MONDE | 30.11.06 | 13h08 • Mis à jour le 30.11.06 | 14h42

LONDRES CORRESPONDANT

Mike Turner, directeur général de BAE Systems, est sur la sellette : mercredi 29 novembre, le parquet suisse a donné une réponse favorable à la demande d’entraide britannique à propos du versement présumé de commissions illégales par le groupe d’aéronautique et de défense à des membres de la famille royale d’Arabie saoudite.

La requête du Bureau britannique de détection des fraudes graves (Serious Fraud Office, le SFO) porte sur les millions de livres découverts dans les comptes suisses de Wafic Saïd, marchand d’armes syrien installé à Monaco. Ce dernier aurait servi d’intermédiaire dans le projet de vente, par BAE Systems, de chasseurs Eurofighter à Riyad.

Le SFO soupçonne BAE d’avoir versé des commissions faramineuses, en espèces comme en nature (vacances, appartements, voitures de luxe, etc.) à des princes saoudiens pour obtenir ce contrat lucratif.

Pour M. Turner, l’enjeu de ce scandale est énorme. En effet, l’Arabie saoudite a tout simplement menacé d’annuler le contrat sur l’achat de 72 avions Eurofighter Typhoon et le support associé, si le SFO ne met pas fin à son enquête. Bien qu’un préaccord commercial entre les deux pays ait été signé en août, la signature de ce contrat d’au moins 10 milliards de livres (14,8 milliards d’euros) piétine.

Plus grave pour l’orgueil d’Albion, les Saoudiens seraient prêts à conclure, selon la presse londonienne, un contrat avec la France portant sur l’achat d’avions Rafale, le rival direct d’Eurofighter.

M. Saïd, 68 ans, s’est retrouvé à la tête d’une fortune colossale en tirant les ficelles dans les grands contrats d’armement entre l’Occident et les pétromonarchies du Golfe, au premier rang desquelles, bien sûr, l’Arabie saoudite.

Son coup d’éclat reste le "contrat du siècle" Al-Yamamah : la livraison, en 1985, d’avions britanniques Tornado au royaume wahhabite, un contrat s’élevant à 43 milliards de livres.

Prompt à monnayer ses hautes relations à Riyad, en particulier auprès du prince Sultan, actuel prince héritier, à l’époque ministre de la défense, l’entremetteur obligé avait utilisé comme émissaire Mark Thatcher, le propre fils du premier ministre de l’époque ! En enquêtant sur les montages alambiqués arrangés par M. Saïd au profit de BAE, le SFO a exhumé en pointillé des questions embarrassantes sur les méandres de la diplomatie britannique dans le Golfe.

ENQUÊTE ÉTENDUE À D’AUTRES PAYS

Tout a commencé par la descente de la police, en 2004, dans les locaux d’une compagnie écran, "Red DiamondTrading", utilisée pour opérer les versements de pots-de-vin à des hauts gradés de l’armée saoudienne.

Le problème est qu’aujourd’hui ni Tony Blair ni le Foreign office ne maîtrisent l’enquête du Bureau des fraudes, qui entend aller jusqu’au bout. Une loi de 2002 contre la corruption interdit, en effet, le versement par des compagnies britanniques de commissions occultes à l’étranger. L’enquête dépasse d’ailleurs le cadre proche-oriental. L’investigation sur les largesses de BAE Systems a été étendue au Chili, à la Roumanie, la Tanzanie et la République tchèque.

Issue du rapprochement de British Aerospace et de Marconi Electronic Systems en 1999, BAE Systems a vendu en septembre 2006 sa participation dans Airbus ; la plupart de ses activités concernent la défense.

M. Turner joue la carte de l’intérêt national pour tenter d’influencer le cours de la justice. Valeur phare, récemment encore, de la Bourse de Londres, BAE Systems est toutefois dans le collimateur des analystes. La City redoute que les retombées du scandale ne portent un coup sévère à l’image de la compagnie sur ses deux marchés les plus porteurs, les Etats-Unis et le Proche-Orient.

Le Monde

Marc Roche

Article paru dans l’édition du 01.12.06


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