Paradis fiscaux et judiciaires

Areva : Anne Lauvergeon mise en examen

vendredi 13 mai 2016 par marieagnes

Areva : Anne Lauvergeon mise en examen

L’ ancienne patronne du géant énergétique français était entendue ce vendredi sur le rachat d’Uramin, qui avait engendré de lourdes pertes.

Source AFP
Modifié le 13/05/2016 à 21:49 - Publié le 13/05/2016 à 13:24 | Le Point.fr

L’ancienne patronne emblématique d’Areva, Anne Lauvergeon, a été mise en examen vendredi dans l’une des enquêtes sur les zones d’ombre entourant le rachat d’Uramin en 2007 pour le géant français du nucléaire, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.

Entendue vendredi par les juges d’instruction au parquet national financier, celle qui dirigea le groupe de 2001 à 2011 a été mise en examen pour présentation et publication de comptes inexacts et diffusion de fausses informations, a indiqué cette source. En revanche, Anne Lauvergeon a été placée sous le statut moins défavorable de témoin assisté pour le chef d’abus de pouvoir, a-t-on précisé.

300.000 euros de bénéfice

Deux informations judiciaires sont ouvertes depuis 2014, l’une sur le rachat désastreux de la société minière canadienne Uramin, qui ambitionnait d’exploiter trois gisements d’uranium en Namibie, Afrique du Sud et Centrafrique, l’autre sur la présentation des comptes du groupe Areva en 2010 et 2011, les années précédentes étant couvertes par la prescription. C’est dans cette seconde enquête qu’était entendue Anne Lauvergeon.

Dans la première enquête, son mari, Olivier Fric, soupçonné d’avoir spéculé sur le titre d’Uramin au moment du rachat en profitant d’informations privilégiées et d’en avoir tiré près de 300.000 euros de bénéfice, a été mis en examen pour délit d’initiés le 23 mars.

"Pertes considérables"

Concrètement, les juges d’instruction veulent établir si Anne Lauvergeon a fait pression pour minimiser les provisions pour dépréciations d’actifs dans les comptes du groupe, afin de retarder la découverte de l’effondrement de la valeur d’Uramin et masquer cet échec alors qu’elle tentait de se maintenir à la tête du groupe. Fin 2011, après le départ de sa patronne, sur fond de mauvaises relations avec le chef de l’Etat de l’époque Nicolas Sarkozy, Areva avait fini par annoncer de lourdes pertes et une provision de 1,5 milliard d’euros sur la valeur d’Uramin.

Dans sa dénonciation à la justice, début 2014, la Cour des comptes estimait que des éléments avaient été dissimulés au conseil de surveillance et aux tutelles représentant l’Etat, le principal actionnaire d’Areva. "Ces manoeuvres, contraires à l’intérêt d’Areva et ayant engendré des pertes considérables pour le groupe, auraient eu pour objet de permettre à Anne Lauvergeon de tenter de se maintenir à la tête du groupe", relevaient les magistrats financiers, selon des éléments de ce rapport. "Les comptes ont été arrêtés le 27 juillet 2011 par le nouveau directoire (après son départ, ndlr). Ils ne comportent aucune nouvelle dépréciation d’actifs", s’est défendue Mme Lauvergeon dans une interview au Parisien le 30 mars.

Des pots-de-vin ?

Entre les pertes liées à Uramin, la catastrophe de Fukushima et d’autres difficultés liées notamment à la construction d’un EPR en Finlande, Areva s’est retrouvé dans le rouge en 2015 pour la cinquième année consécutive. Le groupe va bénéficier d’un renflouement massif de 5 milliards d’euros de l’Etat français, mais il va supprimer 6.000 postes dans le monde, dont 3.000 à 4.000 en France.

Anne Lauvergeon a aussi mis en avant la catastrophe de Fukushima, survenue en mars 2011, et ses conséquences sur les cours de l’uranium, pour expliquer l’effondrement d’Uramin. Mais, pour plusieurs géologues et cadres d’Areva entendus dans l’enquête, l’opération suscitait de nombreuses réserves, notamment en raison des difficultés à exploiter les sites. Les enquêteurs s’interrogent notamment sur le rôle central d’un financier belge, Daniel Wouters, recruté en 2006 par Areva, et les possibles liens d’une des sociétés qu’il dirigeait, Swala, avec les actionnaires d’Uramin au moment de son rachat. Sa proximité avec Olivier Fric est également étudiée dans le cadre de l’enquête.

La justice française a adressé une demande d’entraide judiciaire au Canada pour tenter de retracer une partie des fonds engloutis par le rachat d’Uramin et déterminer s’ils ont pu donner lieu au versement de pots-de-vin.


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