Paradis fiscaux et judiciaires

BAE a versé des pots-de-vin à un prince saoudien

vendredi 8 juin 2007

ECONOMIE : BAE a versé des pots-de-vin à un prince saoudien

Date de parution : Vendredi 8 juin 2007

Auteur : Ram Etwareea

ARMES. Des révélations de la presse relancent une affaire que Londres a tout fait pour étouffer.

Le gouvernement de Tony Blair a beau avoir voulu faire taire les accusations de pots-de-vin versés par le groupe britannique d’armement BAE Systems à un prince saoudien, il n’y parvient pas.

A l’issue d’une longue enquête, le quotidien britannique The Guardian et la chaîne publique BBC ont affirmé jeudi que BAE lui avait versé 30 millions de livres par trimestre durant au moins dix ans en passant par une banque américaine. Le montant total du contrat pour la vente de 100 avions Eurofighter Typhoon, signé en 1985, s’élève à 43 milliards de livres.

BAE dément et affirme que tous les paiements ont été effectués avec l’accord des gouvernements britannique et saoudien.

L’enquête ouverte par le Serious Fraud Office à Londres a été abandonnée en décembre à la demande du Ministère britannique de la justice. Une décision défendue bec et ongles par le premier ministre, Tony Blair, au nom de la raison d’Etat. De facto, l’entraide judiciaire demandée à la Suisse - des pots-de-vin auraient été versés sur des comptes en Suisse - était devenue caduque.

Les révélations de la presse britannique relancent cette affaire. D’autant plus qu’entre-temps la bagarre diplomatique s’est poursuivie. L’OCDE, qui se veut le fer de lance contre la corruption, s’est dit insatisfaite de la législation britannique en la matière, et surtout du manque de volonté de Londres de faire la lumière sur le scandale. « Nous leur avons donné jusqu’à mars prochain pour renforcer la lutte anti-corruption », déclare un porte-parole à l’OCDE.

Londres n’a pas apprécié, et les diplomates britanniques ont mené une campagne sournoise pour déloger le président du groupe de travail contre la corruption de l’OCDE, le professeur bâlois Mark Pieth. En mars, ils auraient empêché le Suisse de participer à une conférence de presse à Paris.

Est-ce par mesure de rétorsion que la Suisse a décidé en avril d’ouvrir une enquête sur les éventuels versements faits par BAE dans les banques suisses ? Le Ministère public de la Confédération ne laisse rien transpirer. Mais la porte-parole, Jeannette Balmer, confirme qu’une enquête de la police judiciaire a été lancée suite à une annonce du Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent.

Les Britanniques seraient allés encore plus loin, cette fois-ci, ciblant le secrétaire général de l’OCDE, le Mexicain Angel Gurria. Comme Mark Pieth, il était monté au créneau pour dénoncer la décision britannique d’étouffer l’enquête sur les pots-de-vin. Concrètement, The Economist a publié en avril un article, l’accusant de népotisme et de mauvaise gestion. « Nous pensons que ces informations ne sont pas sorties par hasard à ce moment précis », explique un cadre de l’OCDE.

Dans ce dossier, le premier ministre Tony Blair ne peut même pas compter sur son allié américain. Après avoir protesté verbalement contre la décision de fermer l’enquête en janvier, les Etats-Unis sont revenus à la charge en avril et ont annoncé qu’ils allaient ouvrir leur propre investigation. Ils mettent en avant le fait que BAE réalise 36% de ses ventes aux Etats-Unis et qu’il serait judicieux de vérifier si la compagnie britannique a utilisé les mêmes techniques pour décrocher des contrats.

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